10 octobre 2026

2ème Forum mondial de la numérisation à Moscou <BR> Les pays du Sud Global veulent une place dans les négociations mondiales

Du 8 au 10 octobre 2026, Meriem Benmouloud, ministre et haut-commissaire à la numérisation, a représenté l’Algérie au deuxième Forum mondial de la numérisation à Moscou. Sur instruction du président Abdelmadjid Tebboune, elle a conduit la délégation algérienne au milieu de 760 représentants venus d’Afrique, d’Asie, du golfe Persique, d’Amérique latine et d’Europe.

Le forum s’est tenu au parc Gorki, un endroit plutôt agréable en octobre quand il fait beau. Le programme était dense avec plus 60 sessions, parcours éducatifs et activités interactives. Les organisateurs annonçaient plus d’une centaine d’accords de partenariat signés à l’issue de l’événement (du moins c’est ce qu’ils espéraient).

Les débats ont porté sur les grandes tendances de la transformation numérique, les solutions technologiques pour les infrastructures et les opportunités de coopération entre écosystèmes numériques nationaux.

Lors de la session plénière du 8 octobre consacrée à «la course à l’intelligence artificielle», la ministre algérienne a participé aux discussions sur l’harmonisation des règles encadrant le développement et l’usage de l’IA.

Parce qu’il faut bien l’avouer, établir un cadre commun relève du casse-tête. Chaque grande puissance technologique poursuit sa propre stratégie, et les approches nationales divergent fortement.

Le lendemain, Meriem Benmouloud est intervenue lors d’une seconde session intitulée «Souveraineté numérique : d’une ressource à un actif d’exportation». Elle y a présenté les avancées structurelles de l’Algérie en matière de transformation numérique, en insistant sur les piliers de la stratégie nationale.

En marge du forum, la ministre a tenu une réunion bilatérale avec Amandeep Singh Gill, secrétaire général adjoint des Nations unies et envoyé spécial pour la technologie numérique. Ils ont évoqué la contribution algérienne aux objectifs de développement durable.

Cette participation s’inscrit dans une dynamique plus large. L’Algérie figure parmi les membres fondateurs de la WAICO (Organisation internationale de coopération en matière d’intelligence artificielle), lancée dans le cadre du forum.

L’initiative vise à offrir aux pays du Sud global une tribune pour peser sur les normes technologiques. Un domaine où les États-Unis et leurs géants du numérique conservent une influence dominante, que ce soit sur les moteurs de recherche, le cloud ou les modèles d’IA.

Plusieurs délégations africaines ont également défendu l’idée d’une «Alliance pour la souveraineté numérique des pays africains». Évariste Ngamana, ministre centrafricain de la Communication, a plaidé pour des partenariats fondés sur le transfert de compétences et la formation d’ingénieurs locaux, plutôt que sur la simple importation de technologies clés en main. La souveraineté numérique en Afrique représente un enjeu stratégique majeur pour les pays du continent, visant à maitriser les infrastructures, les données et l’innovation locale.

Les débats ont aussi abordé la notion de «Souveraineté épistémique» ou souveraineté cognitive, c’est-à-dire la capacité d’une société à préserver ses propres systèmes de connaissance face aux biais linguistiques et culturels des grands modèles d’IA (franchement, c’est le vrai sujet pour les pays du Sud).

Les langues peu représentées numériquement risquent en effet d’être marginalisées par ces systèmes.
Si les participants ont souligné l’urgence de réduire la dépendance technologique, ils ont aussi rappelé que la souveraineté numérique ne dispense pas les États de garantir la protection des données personnelles et la redevabilité publique.

Définition

Souveraineté numérique : capacité d’un État à maîtriser ses infrastructures, ses données et ses technologies, plutôt que de dépendre de fournisseurs étrangers.

Sud global : ensemble des pays en développement, principalement d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine, qui cherchent à peser davantage dans les instances internationales.

WAICO : nouvelle organisation internationale de coopération en matière d’intelligence artificielle, lancée lors du forum de Moscou, dont l’Algérie est membre fondateur.

Souveraineté épistémique : capacité d’un peuple, d’une communauté ou d’un territoire à produire, valider, contrôler et diffuser ses propres savoirs, sans dépendre de récits imposés par des puissances dominantes. Elle désigne aussi le droit d’une société à préserver ses systèmes de connaissance et ses références culturelles face aux biais des modèles d’IA, majoritairement entraînés sur des données occidentales.

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