Plusieurs lecteurs nous ont écrit pour nous dire qu’ils n’avaient pas bien compris l’article sur l’adhésion de l’Algérie à la WAICO. Nous revenons sur ce sujet afin de l’expliquer plus en détail.
L’Algérie est devenue membre fondateur de l’Organisation mondiale de coopération en matière d’intelligence artificielle (World Artificial Intelligence Cooperation Organization WAICO), une nouvelle organisation intergouvernementale créée à Shanghai. Cette adhésion place le pays au cœur des enjeux de gouvernance mondiale de l’IA.

La création de cette organisation s’inscrit dans un contexte mondial où plusieurs initiatives de gouvernance de l’IA coexistent comme le Sommet pour l’action sur l’IA à Paris (février 2025), le Partenariat mondial sur l’IA (GPAI), ou encore les réglementations européennes comme l’AI Act. La WAICO représente une voie alternative, portée par la Chine, pour structurer la coopération multilatérale dans ce domaine.
Une représentation géographique remarquable
Parmi les 29 membres fondateurs de l’organisation, l’Algérie se distingue sur plusieurs plans. Elle est le seul pays d’Afrique du Nord à en faire partie. Elle est également l’un des deux seuls États arabes à y être représenté, aux côtés d’Oman. Cette présence algérienne n’est pas anodine. Elle témoigne d’une diplomatie technologique active qui s’appuie sur les réseaux traditionnels du pays, à savoir le continent africain et le monde arabe, tout en s’ouvrant à de nouveaux partenariats, notamment avec la Chine..
Un acteur géopolitique souvent sous-estimé
Cette adhésion révèle une réalité que l’actualité internationale tend parfois à occulter. L’Algérie demeure un acteur géopolitique incontournable, particulièrement dans trois espaces stratégiques. En premier lieu, l’Afrique : le pays est membre fondateur de l’Union africaine et a joué le rôle de médiateur dans plusieurs crises continentales.
En deuxième lieu, le monde arabe, l’Algérie exerce son influence via la Ligue arabe et ses positions diplomatiques sur les conflits régionaux. En troisième lieu, le Sud global, cette expression désigne l’ensemble des pays en développement, souvent anciennement colonisés, qui partagent des intérêts communs face aux puissances occidentales traditionnelles, que l’on appelle le « Nord global ».
L’Algérie face à la révolution de l’IA
Contrairement à une perception parfois figée, l’Algérie ne se tient pas à l’écart des transformations technologiques qui redessinent l’économie mondiale. Elle s’y engage activement.
L’intelligence artificielle représente en effet un enjeu économique majeur car selon le cabinet McKinsey, l’IA pourrait générer jusqu’à 4 400 milliards de dollars de valeur ajoutée annuelle d’ici 2030 à l’échelle mondiale. Pour un pays producteur d’hydrocarbures comme l’Algérie, qui cherche à diversifier son économie, maîtriser ces technologies devient impératif.
Vers un positionnement stratégique
En rejoignant la WAICO, l’Algérie accomplit plusieurs objectifs simultanés. Le premier objectif est de renforcer sa souveraineté numérique. En participant à l’élaboration des règles du jeu, le pays évite de subir des normes imposées par d’autres. Le deuxième objectif est de se positionner dans l’écosystème mondial de l’IA. Cela lui donne accès aux partenariats technologiques, aux flux de connaissances et aux investissements. Le troisième objectif est d’affirmer son influence diplomatique. Il s’agit d’assurer une présence institutionnelle dans un domaine qui structurera les rapports de force du XXIe siècle.
L’heure de l’action
Le positionnement international de l’Algérie dans le domaine de l’intelligence artificielle n’est pas une simple posture diplomatique. Il s’agit d’une stratégie concrète visant à préparer le pays aux défis économiques et sécuritaires de demain.
Alors que les grandes puissances technologiques, États-Unis, Chine, Union européenne, se disputent l’hégémonie dans ce secteur, l’Algérie choisit de s’engager activement plutôt que d’observer passivement. Cette adhésion à la WAICO en est la preuve car l’Algérie passe à l’action.
A Savoir
Qu’est-ce que la WAICO ?
L’Organisation mondiale de coopération en matière d’intelligence artificielle (WAICO pour World Artificial Intelligence Cooperation Organization) est une organisation intergouvernementale, c’est-à-dire qu’elle regroupe des États souverains à la différence des organisations non gouvernementales (ONG) qui associent des acteurs privés ou de la société civile. Son siège est à Shanghai, en Chine, et sa mission est de promouvoir la coopération internationale et d’élaborer des cadres de gouvernance pour l’intelligence artificielle.
Gouvernance de l’IA
il s’agit de l’ensemble des règles, normes, lois et mécanismes de coordination qui encadrent le développement et l’utilisation de l’intelligence artificielle. Cela inclut les questions éthiques (biais algorithmiques, respect de la vie privée), juridiques (responsabilité en cas d’erreur d’une IA) et stratégiques (sécurité nationale, souveraineté technologique).
Afrique du Nord
Région géopolitique qui regroupe cinq pays, le Maroc, l’Algérie, la Tunisie, la Libye et l’Égypte. Elle constitue une zone de transition entre l’Afrique subsaharienne, le Moyen-Orient et l’Europe méditerranéenne
Sud global
Terme géopolitique qui regroupe les pays d’Asie, d’Afrique, d’Amérique latine et d’Océanie, majoritairement en développement. L’expression s’oppose au « Nord global » (États-Unis, Europe, Japon, Australie, etc.) et met l’accent sur les inégalités structurelles héritées du colonialisme et de la mondialisation.
Souveraineté numérique
Capacité d’un État à contrôler ses infrastructures numériques, protéger ses données sensibles et développer des compétences technologiques propres, sans dépendre exclusivement de puissances étrangères. Cela inclut la création de centres de données nationaux, la formation d’ingénieurs locaux et l’adoption de réglementations adaptées.
Écosystème de l’IA
Ensemble des acteurs, infrastructures et ressources nécessaires au développement de l’intelligence artificielle dans un pays ou une région. Cela comprend les chercheurs, les startups, les centres de données, les cadres réglementaires et les financements.

