Chargée par le président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, la ministre Haut-commissaire de la Numérisation Meriem Benmouloud a signé, ce jeudi 16 juillet 2026 à Shanghai, l’accord portant création de l’Organisation Internationale pour l’Intelligence Artificielle (OIIA). Cette adhésion historique s’inscrit dans la Conférence mondiale sur l’IA et illustre la volontaire algérienne de peser sur la gouvernance mondiale des technologies tout en acceptant sa transformation numérique nationale.

Au cœur du quartier financier de Lujiazui, où les gratte-ciel abritent les géants de la tech mondiale, l’Algérie a gravé son nom dans l’histoire de l’intelligence artificielle. Mme Meriem BenMouloud, Haut-commissaire et Ministre chargé de la Numérisation, a paraphé, au nom de l’État algérien, l’acte de naissance d’une institution inédite à savoir l’Organisation Internationale pour l’Intelligence Artificielle (OIIA).
Qu’est-ce que l’OIIA?
L’OIIA est la première organisation intergouvernementale environnementale consacrée à l’intelligence artificielle (IA), c’est-à-dire l’ensemble des techniques informatiques capables de simuler certaines facultées humaines comme le raisonnement, l’apprentissage ou la reconnaissance d’images, et à sa gouvernement. Cette dernière notion désigne l’ensemble des règles, normes et mécanismes de réglementation mis en place pour encadrer le développement et l’utilisation des technologies, garantir leur sécurité et éviter les dérives (discrimination algorithmique, atteintes à la vie privée, désinformation de masse, etc).
À l’instar de l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) pour la santé publique ou de l’Agence Internationale de l’Énergie Atomique (AIEA) pour le nucléaire, l’OIIA entend devenir le cadre permanent de concertation entre États sur les enjeux de l’IA.
La signature algérienne intervient alors que le pays est désigné comme membre fondateur, ce qui lui confère un rôle de premier plan dans la définition des statuts et des orientations stratégiques de l’organisation nationale. Cette position permet à l’Algérie de participe dès l’amont aux débats qui structureront l’économie et la sécurité numérique du XXIe siècle.
Sommet mondial à Shanghai
La ministre algérienne ne se contente pas de parapher un traité mais elle participe aussi, du 17 au 20 juillet 2026, aux travaux de la Conférence mondiale sur l’intelligence artificielle 2026. Cet événement, organisé à Shanghai, capitale économique de la Chine et pôle majeur de l’innovation technologique en Asie, constitue le plus grand rendez-vous annuel du secteur.
Pourquoi Shanghai?
Shanghai est devenue ces dernières années un hub technologique, un centre névralgique où se concentrent entreprises, capitaux et talents de la tech. La ville abrite notamment le Nouvelle zone de Pudong, une zone de développement désignée à l’innovation, et le Conférence mondiale sur l’intelligence artificielle (WAIC), qui se tient chaque année et où des milliers de chercheurs, start-up et investisseurs discutent de l’avenir.
Cette année, la tenue de la cérémonie d’ouverture en présence du président chinois Xi Jinping témoigne de l’importance stratégique que Pékin accorde à cette nouvelle organisation. Le dirigeant chinois a prononcé le discours inaugural, soulignant ainsi la demande de la République populaire de Chine de structurer un cadre multilatéral autonome de l’IA, alors que la course mondiale à l’innovation bat son plein.
Outre les chefs d’État, la conférence a vu des responsables gouvernementaux, des universitaires, des chercheurs et des dirigeants d’organisations internationales. L’objectif principal est de faire le point sur les dernières avancées de l’IA qu’il s’agisse des modèles de langage conversationnels, de la vision par ordinateur ou des algorithmes de vision et dessiner les lignes d’une coopération internationale capable d’éviter la fragmentation réglémentaire.
Quels enjeux pour la gouvernance mondiale de l’IA ?
La création de l’OIIA répond à une urgence. L’intelligence artificielle progresse à une vitesse telle que les cadres législatifs se trouve dessuet et difficile à suivre. Chaque pays, chaque bloc régional (Union européenne avec son Loi sur l’IA, États-Unis avec leurs directives fédérales, Chine avec ses propres règlements) élabore ses propres règles. Sans coordination, ces textes divergents risquent de créer des zones de friction, de freiner l’innovation ou, inversement, de laisser des zones grises propices aux abus.
L’OIIA se présente comme une plaque-forme de confiance mutuelle, un espace de dialogue où les parties prenantes peuvent partager leur expériences, harmoniseur leurs standards et établer des lignes rouges communes. La conférence ambitionne ainsi de « promouvoir le développement sain, sûr et ordonné de l’intelligence artificielle », selon les termes de l’organisme. En d’autres mots, il s’agit d’encourager l’innovation tout en posant des gardes-fous.
Une stratégie algérienne affirmée
Cette participation n’est pas un simple coup médiatique. Elle s’inscrit dans les directives du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, visant à accélérer la transformation numérique de l’Algérie. Concrètement, cette transformation désigne l’ensemble des processus par lesquels un État modernise son administration, son économie et sa société grâce aux technologies de l’information et de la communication comme la dématérialisation des services publics, développement du commerce électronique, modernisation des infrastructures réseau, formation des citoyens aux outils numériques, etc.
En adhérent à l’OIIA, l’Algérie affiche une triple ambition suivre les évolutions technologiques mondiales pour ne pas être laissé en marge de la révolution de l’IA ; renforcer sa souveraine numérique, c’est-à-dire sa capacité à contrôler ses infrastructures critiques (centres de données, réseaux, algorithmes publics) et à protection ses données nationales contre toute ingérence étrangère ; et Influencer les normes internationales pour que les futures réglementations tiennent compte des intérêts des pays du Sud et des besoins spécifiques des économies en développement.
En signant l’accord fondateur de l’OIIA à Shanghai, l’Algérie fait le choix d’une diplomatie active et anticipatrice. Alors que l’intelligence artificielle redessine les équilibres économiques et géopolitiques, la présence algérienne à la table des négociations dès le premier jour garantit au pays une voix dans la définition des règles qui encadreront cette technologie de rupture. Une étape, certes symbolique, mais qui pose les jalons d’une présence durable sur l’échiquier numérique mondial.

