Lors de sa keynote à la journée de sensibilisation sur le transport et la mobilité en Algérie, événement organisé par Info Trafic Algérie dans le cadre du TRIK TALK, Hakim Soufi, CEO de MacirVie, a tiré la sonnette d’alarme « 96 % des accidents de la route dans le pays sont imputables au facteur humain ». Face à ce constat, le patron de Bridge Assist a dévoilé une vision ambitieuse celle de transformer les routes nationales en infrastructures intelligentes. Son plan combine intelligence artificielle, radars nouvelle génération et secours héliportés. Objectif affiché, réduire la mortalité routière de 40 %, tout en déclenchant un impact économique significatif pour l’Algérie.
Hakim Soufi présente une vision stratégique pour la transformation numérique de la sécurité routière en Algérie, portée par l’entreprise Bridge Assist. Il débute par un constat alarmant où il dit que « chaque année, 1,19 million de personnes perdent la vie sur les routes mondiales, soit un décès toutes les 26 secondes, et les accidents représentent la première cause de mortalité chez les jeunes de 5 à 29 ans ». En Algérie, la situation est particulièrement préoccupante avec 3 838 décès enregistrés en 2025 pour près de 27 000 accidents corporels, alors que 96% de ces accidents sont imputables au facteur humain. Au-delà du drame humain, cette hécatombe engendre une hémorragie économique pouvant atteindre 5% du PIB national.
Face à ce défi, une révolution silencieuse s’opère à l’échelle mondiale. « Les routes deviennent des systèmes intelligents grâce aux capteurs embarqués et aux revêtements connectés, tandis que les véhicules se transforment en capteurs de données grâce aux boîtes noires, systèmes eCall et aides à la conduite » souligne Hakim Soufi. L’intelligence artificielle permet désormais « de transformer ces flux massifs de données en décisions prédictive »s, réduisant significativement les accidents et les congestions. Le marché mondial des routes intelligentes « devrait atteindre 54 milliards de dollars d’ici 2030 », et l’Europe a déjà réduit « sa mortalité routière de 26% en dix ans grâce à ces technologies ».
Hakim Soufi détaille six innovations clés que l’Algérie pourrait déployer
Les feux intelligents pilotés par intelligence artificielle, comme ceux testés à Pittsburgh dès 2012, ont démontré leur capacité à réduire les temps d’attente de 40% tout en diminuant les émissions de CO2 de 21%. L’éclairage intelligent, à l’image du modèle norvégien, permet d’économiser jusqu’à 60% d’énergie en ne s’activant qu’au passage des véhicules. La boîte noire automobile, désormais obligatoire dans l’Union européenne depuis juillet 2024, enregistre les données critiques avant chaque collision pour comprendre et prévenir les accidents.
« Le système eCall, également obligatoire en Europe depuis 2018, déclenche automatiquement un appel aux secours en cas d’accident grave » préside l’orateur tout en ajoutant que cela « réduit les temps d’intervention de 50% et potentiellement sauvant 2 500 vies par an ».
Parlant de technologie utilisée sur les routes, il s’appesantira sur les radars de nouvelle génération, qui dira-t-il sont équipés d’intelligence artificielle qui détectent non seulement la vitesse mais aussi le téléphone au volant, le non-port de la ceinture et les franchissements de ligne, avec une précision de 95% et un effet dissuasif prouvé.
Enfin, il parlera de caméras de lecture automatique des plaques d’immatriculation, qui dira-t-il sont capables de traiter plus de 200 millions de lectures annuelles avec 98% de précision, et surtout offrent une souveraineté numérique totale sur les flux de trafic.
L’Algérie se trouve à un carrefour décisif.
Le pays dispose d’atouts considérables pour saisir cette opportunité. Trois mégapoles totalisant plus de 10 millions d’habitants, une infrastructure 4G et 5G déployée, des milliers d’ingénieurs formés chaque année, et surtout des bases biométriques déjà en place avec le permis et la carte grise sécurisés.
Et c’est là qu’intervient Bridge Assist, acteur algérien d’assistance routière. Il dira que « cela constitue déjà un embryon d’infrastructure nationale avec ses 100 000 interventions annuelles, son centre d’appels opérationnel 24 heures sur 24 et son réseau capable d’intervenir en 15 à 30 minutes sur l’ensemble du territoire ». Bridge Assist transforme chaque intervention en donnée précieuse, permettant de cartographier les zones noires et les comportements à risque.
Le potentiel économique est considérable.
« Un écosystème structuré de mobilité intelligente pourrait générer entre 10 et 20 milliards de dinars de gains annuels dès les premières années » dira-t-il avant d’ajouter que « cela va atteindre 50 milliards à maturité et créer plus de 5 000 emplois qualifiés » avant d’ajouter que « les retours sur investissement se manifestent généralement en 2 à 3 ans, tandis que la réduction de 40% de la mortalité routière sauverait plus de 1 500 vies chaque année ».
Hakim Soufi propose un partenariat public-privé ambitieux combinant assistance routière et assistance aérienne. Les hélicoptères de secours déployés dans les zones montagneuses isolées comme la Kabylie, les Aurès ou l’Atlas saharien pourraient diviser par deux le taux de mortalité dans ces régions, dira-t-il, en respectant la règle d’or des 30 minutes au-delà de laquelle le risque de décès triple.
Enfin, Hakim Soufi souligne l’importance cruciale de la cybersécurité. Toute infrastructure numérique reste vulnérable aux cyberattaques qui pourraient paralyser des villes entières en quelques minutes. La protection des données personnelles collectées engage la responsabilité des opérateurs et exige une intégration de la sécurité dès la conception des systèmes, avec chiffrement de bout en bout et authentification forte. Bridge Assist s’engage à faire de la cybersécurité un pilier fondateur plutôt qu’une option.
Il conclue son speech en disant que « l’Algérie possède tous les ingrédients pour réussir cette transition vers des routes intelligentes et plus sûres. Il ne manque qu’une décision politique forte pour structurer un cadre de partenariat public-privé, transformer la sécurité routière d’un coût en investissement rentable, et faire de Bridge Assist un champion national à l’image des acteurs internationaux qui ont déjà prouvé la viabilité de ce modèle économique ».

