9 octobre 2026

BlackBerry n’est pas mort <BR> Comment l’ex-roi du smartphone est devenu une machine à cash sans vendre un téléphone

Le smartphone n’a pas été inventé par Apple. Le premier appareil du genre, commercialisé cinq ans avant l’iPhone, portait le nom d’un autre fruit le BlackBerry. Ses angles arrondis et son clavier miniature en ont fait l’un des objets les plus convoités de son époque. Puis l’appareil a disparu des rayons. La marque, elle, n’a jamais quitté la Bourse. Et voilà que son action a doublé en moins de six mois.

L’objet culte des puissants
Barack Obama refusait de s’en séparer. Angela Merkel, la reine Elizabeth II, Rihanna ou l’investisseur Warren Buffett en possédaient un. En 2011, la marque canadienne détenait 43 % du marché américain du smartphone et pesait 84 milliards de dollars en Bourse.

Six ans plus tard, c’était zéro. Balayé par l’iPhone puis par Android, BlackBerry a arrêté la production de téléphones en 2016. La chute figure parmi les plus rapides de l’histoire de la tech dans les télécoms. Mais l’entreprise existe toujours.

Le 1er avril, son action cotait autour de 4,50 dollars canadiens à Toronto. Fin juin, elle dépassait les 10 dollars, soit plus de 120% de hausse en trois mois. Dans le même intervalle, la Banque CIBC a relevé trois fois son objectif de cours, jusqu’à 10 dollars, avec une recommandation à surperformance.

Un modèle allégé
Le nouveau BlackBerry est une entreprise modeste, avec environ 550 millions de dollars de chiffre d’affaires pour 53 millions de bénéfices. C’est 40 fois moins qu’à son apogée. Mais débarrassée de ses usines, de ses stocks et de son service après-vente, la société n’est plus qu’un simple éditeur de logiciels.

Wall Street apprécie ces marges élevées, ces coûts fixes limités et cette trésorerie régulière. Tout en douceur et sans faire de bruit, BlackBerry rachète ses propres actions, 18 millions déjà acquises à moins de 4 dollars pièce, et un nouveau programme de 26 millions annoncé.

Le repositionnement de BlackBerry tient donc en une idée simple. L’entreprise ne cherche plus à être le smartphone de la voiture. Elle veut en devenir le système nerveux sécurisé. Technologiquement, l’ambition est bien plus intéressante.

QNX, le joyau caché
Cette résurrection repose sur deux activités. La première s’appelle QNX soit un système d’exploitation embarqué, conçu pour fonctionner sans planter, qui équipe aujourd’hui les tableaux de bord de millions de véhicules. BMW, Mercedes-Benz, Toyota, Volkswagen, Volvo, Honda, Ford ou Hyundai figurent parmi ses clients sans oublier le groupe Stellantis qui a signé en janvier 2024 pour développer son cockpit virtuel. J’ai toujours trouvé étrange que ces interfaces tournent avec des technos aussi anciennes. Ca reste un avis, mon avis.

Le marché évolue précisément dans son sens. Les voitures deviennent ce que l’industrie appelle des «software-defined vehicles» ou des véhicules dont une part croissante des fonctions repose sur le logiciel, les calculateurs et les mises à jour à distance. Dans ce contexte, QNX dispose d’un atout rare. Son système d’exploitation automobile n’appartient ni à Google ni à Apple. À mesure que les voitures se transforment en ordinateurs sur roues, sa valeur stratégique ne cessera de croître.

La seconde activité, AtHoc, fournit des systèmes d’alerte et de communication de crise à 80% des agences fédérales américaines, au Pentagone, au FBI ou au département de la sécurité intérieure. BlackBerry protège à nouveau le pouvoir, non plus depuis une poche, mais depuis les serveurs.

Le pari de l’après-quantique
L’entreprise mise aussi sur la cryptographie post-quantique. Les systèmes de chiffrement actuels, qui protègent mails, transactions bancaires et secrets d’État, reposent sur des problèmes mathématiques qu’un ordinateur classique mettrait des milliards d’années à résoudre. Un ordinateur quantique suffisamment puissant pourrait les casser en quelques heures.

Les chercheurs situent cette échéance entre 2030 et 2040. Déjà, États et groupes criminels stockent massivement des données chiffrées en espérant les déchiffrer plus tard. BlackBerry a racheté dès 2009 la société Certicom, puis le laboratoire Isara, spécialisé dans le post-quantique. Le marché reste modeste, moins d’un milliard de dollars, mais pourrait atteindre 3 milliards d’ici 2030.

Des analystes divisés
Faut-il miser sur le titre après ce bond ? Les avis divergent. L’entreprise vise un chiffre d’affaires annuel de 508 à 538 millions de dollars. CIBC affiche un objectif à 10 dollars, quand d’autres analystes anticipent une correction vers 4 ou 5 dollars. Le consensus d’une quinzaine de bureaux d’études se situe autour de 6 à 7 dollars, alors que l’action évolue entre 8 et 10 dollars. D’ailleurs, une partie du marché juge la hausse excessive.

BlackBerry vit une seconde vie discrète, mais pèse de nouveau plusieurs milliards. Reste à savoir si l’entreprise saura, cette fois, ne pas rater le virage.

Définition
QNX : système d’exploitation dit « temps réel », conçu pour exécuter des tâches critiques sans défaillance. On le trouve dans l’automobile, mais aussi dans l’aéronautique et le médical.

Cryptographie post-quantique : nouvelles méthodes de chiffrement censées résister aux futurs ordinateurs quantiques, capables de casser les algorithmes actuels.

Y2Q : surnom donné au jour où les ordinateurs quantiques rendront obsolètes les chiffrements actuels. Par analogie avec le bug de l’an 2000 (Y2K), mais sans date certaine.

Harvest Now, Decrypt Later : stratégie consistant à intercepter et stocker dès maintenant des données chiffrées pour les déchiffrer plus tard, quand la technologie le permettra.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *