1 octobre 2026

Séminaire international à Alger sur la numérisation <BR> Les conseils économiques et sociaux arabes plaident pour une charte unifiée

Réunis à Alger lors d’un séminaire consacré à « la numérisation comme outil d’intégration et de complémentarité des États membres arabes avec l’économie mondiale », les intervenants ont été unanimes en disant que la numérisation n’est pas un simple choix stratégique, mais une condition indispensable pour concurrencer dans une économie mondiale dominée par les algorithmes et les données. Ils ont formulé un plaidoyer en faveur d’une charte arabe unifiée de l’économie numérique.

Dans son allocution d’ouverture, le Pr Mohamed Boukhari, président de l’Union des conseils économiques et sociaux arabes et des institutions similaires (UCESAIS), et président du Conseil national économique, social et environnemental (CNESE), a souligné que la numérisation «peut offrir une nouvelle dimension à l’intégration économique arabe, non pas en reproduisant des expériences, mais en construisant une interconnexion entre les économies arabes».

Selon lui, l’intelligence artificielle, l’analyse des données, le commerce électronique et la technologie financière «doivent être considérés comme des outils capables de redéfinir la productivité, d’ouvrir de nouvelles activités économiques, de changer la nature des emplois et de redistribuer la valeur au sein des chaînes de production». La valeur économique de la numérisation, a-t-il précisé, «ne se limite pas à son degré de diffusion dans chaque pays, mais augmente à mesure que les systèmes, les plateformes numériques, les marchés, les compétences, les données et les services peuvent être connectés au-delà des frontières».

Le président de l’UCESAIS estime que «le défi auquel nous faisons face n’est pas seulement de rattraper la transformation numérique mondiale, mais aussi de l’utiliser de manière optimale, pour construire une position économique plus interconnectée et compétitive pour nos pays arabes». La numérisation, a-t-il expliqué, «ne redessine pas seulement les secteurs économiques, mais également, et de manière plus profonde, les cartes de l’avantage concurrentiel et des positions d’intégration dans l’économie mondiale».

Poursuivant son propos, il a affirmé que l’intégration économique «ne se mesure plus aujourd’hui uniquement par le volume des échanges commerciaux entre les pays, mais aussi par leur capacité à éliminer les barrières qui entravent les flux numériques, à faciliter le commerce et les services, à connecter les systèmes de paiement, à renforcer l’interopérabilité des plateformes et à échanger des données de manière sécurisée et fiable». Pour lui, la phase que traversent les pays arabes «nécessite inévitablement de passer de la construction de visions et de cadres à la réflexion sur la manière de transformer la connectivité numérique en une valeur économique commune».

Concernant l’Algérie, l’orateur a estimé que des «progrès significatifs» ont été réalisés ces dernières années dans le processus de transformation numérique. De son côté, Fayez Ali Al Matiri, directeur général de l’Organisation arabe du travail, a relevé que «le dialogue social reste l’un des outils les plus importants pour gérer ces transformations et élaborer des politiques qui répondent aux changements rapides et qui équilibrent les exigences du développement économique et de la protection sociale».

Lors d’une table ronde, les panélistes ont appelé à l’uniformisation des modèles arabes, avec notamment une meilleure gouvernance des données, l’adoption d’approches unifiées en matière de compétences et un passage de la consommation de l’intelligence artificielle au captage de sa valeur. Ils ont également proposé la mise en place de politiques arabes unifiées d’intelligence artificielle et de données. Les pays de la région devront, selon eux, trouver des solutions efficientes à la «dispersion» des législations respectives concernant le commerce électronique, l’IA, la gouvernance des données et la cybersécurité. Ils devront aussi réduire l’«hégémonie technologique étrangère» et la «fracture numérique» qui les séparent des autres régions.

Le rôle des différents conseils économiques et sociaux sera décisif, notamment pour la mise en place d’une plateforme numérique unifiée, à même de faire de la numérisation un outil d’intégration.

Définition

Économie numérique : ensemble des activités économiques liées aux technologies numériques, aux données et aux plateformes en ligne.

Interopérabilité : capacité de systèmes et de plateformes différents à communiquer et à échanger des données entre eux.

Gouvernance des données : règles et institutions encadrant la collecte, le stockage, le partage et la protection des données numériques.

Fracture numérique : écart d’accès et de maîtrise des technologies entre pays ou régions, qui creuse les inégalités économiques.

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