Le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique a présidé, ce 5 août, la première réunion interministérielle consacrée au plan stratégique national en matière d’IA. Cinq axes structurants, un comité de suivi et une ambition celle de réduire la dépendance technologique.
Le 5 août 2026 marque un tournant. À Alger, Kamel Baddari a réuni les représentants des principaux ministères et institutions nationales autour d’une ambition affichée qui est de doter l’Algérie d’une souveraineté numérique dans l’intelligence artificielle. L’événement n’est pas anodin. Il s’agit de la première réunion de coordination interministérielle dédiée à la mise en œuvre concrète d’un plan stratégique national.
L’approche est transversale. L’objectif est clair celui de s’affranchir des solutions étrangères, sécuriser les données publiques et moderniser l’administration sur le modèle des nations les plus avancées en la matière.
Cinq piliers pour une souveraineté numérique
Le plan repose sur cinq axes. Le premier vise le développement de modèles d’IA gouvernementaux, souverains et open source. L’Algérie entend concevoir ses propres outils, adaptés aux besoins de son administration, sans passer par les géants américains du secteur. La transparence du code source et la mobilisation des développeurs locaux sont au cœur de cette démarche.
Le deuxième axe porte sur les infrastructures. Des centres de calcul ultra-performants doivent voir le jour sur le territoire national. L’enjeu est double pour permettre aux chercheurs et aux start-ups algériennes d’entraîner leurs modèles en local, et éviter le recours aux serveurs étrangers. Un impératif de sécurité, mais aussi de coût.
Capital humain et transfert de technologie
Sans talents, sans humains pas de souveraineté. Le troisième pilier prévoit des programmes de formation intensifs, en partenariat avec les universités et les instituts de recherche. L’objectif est de former des spécialistes en analyse de données et en intelligence artificielle générative qui est cette branche de l’IA capable de créer textes, images ou vidéos à partir de simples instructions. Plusieurs établissements universitaires ont déjà intégré des modules dédiés dans leurs cursus d’ingénierie.
Le quatrième axe vise à transformer la recherche en applications concrètes. Des centres et unités de recherche spécialisés seront créés pour fluidifier le transfert de technologie entre universités et entreprises. L’idée est qu’un algorithme développé en laboratoire puisse rapidement devenir un produit commercialisable.
Sécurité des données et encadrement éthique
Le cinquième et dernier axe est le plus sensible. Il préconise le stockage des données administratives et publiques dans des centres nationaux sécurisés, protégés contre les cyberattaques. Parallèlement, un cadre éthique doit garantir une utilisation de l’IA sans discrimination ni biais, dans le respect des droits des citoyens. L’Algérie s’inscrit ainsi dans la lignée des réglementations déjà adoptées par l’Union européenne ou le Canada.
Un comité de suivi pour tenir le cap
La réunion s’est achevée sur la création d’un comité de suivi conjoint. Sa mission est de superviser le déploiement de la feuille de route, veiller au respect des échéances et ajuster la stratégie si nécessaire.
Les prochains mois seront décisifs. Entre promesses technologiques et réalités budgétaires, le défi sera de traduire ces cinq axes en projets tangibles sur le terrain. Pour l’heure, le gouvernement a posé les jalons. Reste à bâtir.
A Savoir
Les chiffres clés de la stratégie nationale IA
Budget et marché
Le marché algérien de l’IA estimé à 498,9 millions de dollars en 2025, en passe de tripler pour atteindre 1,69 milliard de dollars d’ici 2030 à un rythme annuel de 27,67 %, avec pour objectif de porter la contribution du secteur à 7 % du PIB national dès 2027.
Formation et capital humain
30 000 ingénieurs formés chaque année en Algérie
57 702 étudiants inscrits dans 74 programmes de master en IA
Objectif de 20 000 startups labellisées d’ici 2029 (contre environ 2 300 actuellement)
124 incubateurs universitaires accompagnant 60 000 étudiants à travers le territoire
Infrastructures
Premier centre de calcul haute performance dédié à l’IA en Algérie et pose de la première pierre à Oran le 16 mars 2026
Cluster IA et Cybersécurité de 87 hectares, inauguré le 18 avril 2026, regroupant quatre écoles nationales pour 20 000 places
Centre d’IA appliquée à l’enseignement supérieur inauguré le 8 juin 2026 à Sidi Abdallah
Adoption et rayonnement
L’Algérie se classe 9ᵉ en Afrique pour l’usage de l’IA par la population active, avec 13,2 % des actifs (15-64 ans) utilisant des outils d’IA
Plus de 500 projets de digitalisation publique en cours (2025-2026) dans le cadre du programme Digital Algeria 2030
Calendrier stratégique
Stratégie nationale soumise au Conseil des ministres pour adoption en 2026
Vision à l’horizon 2035 pour positionner l’Algérie comme un hub technologique en Afrique

