1 juillet 2026

Coopération euro-algérienne <BR> L’Algérie s’appuie sur l’expertise estonienne pour accélérer sa transformation digitale

Dans le cadre du renforcement de la coopération bilatérale entre l’Algérie et l’Union européenne dans le domaine de la transformation digitale c’est-à-dire l’ensemble des mutations technologiques, organisationnelles et culturelles par lesquelles une nation intègre les outils numériques pour moderniser son administration, son économie et sa société, Mme Meriem Benmouloud, ministre et Haut-Commissaire à la Numérisation, a reçu ce mardi 30 juin 2026 au siège du ministère, M. Hannes Astok, directeur général de l’Académie du gouvernement numérique estonien (e-Governance Academy, ou eGA), accompagné des représentants de la mission de l’Union européenne en Algérie.

Cette rencontre intervient dans le cadre de la mise en œuvre du programme «Soutien à la Gouvernance Économique» entre l’Algérie et l’Union Européenne, un dispositif de coopération technique et financière visant à moderniser les structures étatiques et à améliorer la transparence budgétaire. Elle s’inscrit également dans la dynamique de renforcement du partenariat dans le domaine de la transformation digitale, à travers l’étude d’un protocole d’accord (Memorandum of Understanding, ou MOU) pour le projet «Accélérer la Transformation Digitale en Algérie», qui s’articule pour la période 2026-2028, en conformité avec les objectifs de la Stratégie Nationale pour la Transformation Digitale (SNTN) et la vision «Digital Algeria 2030».

Une expertise estonienne de référence mondiale

L’e-Governance Academy (eGA) est une fondation à but non lucratif créée en 2002 par une initiative conjointe du gouvernement estonien, de l’Open Society Institute (OSI) et du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD). Basée à Tallinn, cette institution est considérée comme un centre d’excellence mondial en matière de gouvernance numérique. Depuis plus de vingt ans, elle a accompagné plus de 300 organisations dans 147 pays, dont le Bénin, le Kirghizistan, la Namibie et la Mongolie, en partageant les meilleures pratiques issues du modèle « e-Estonia », l’un des systèmes de gouvernement électronique les plus avancés au monde, où 99 % des services publics sont accessibles en ligne 24 heures sur 24.

Le directeur général de l’eGA, Hannes Astok, est une figure emblématique de la transformation digitale estonienne. Ancien député au Parlement estonien (2007-2011) et conseiller du Président de la République estonienne pour le développement de la société de l’information (2012-2013), il a également été maire adjoint de Tartu, la deuxième ville d’Estonie, qu’il a contribué à transformer en pôle de référence en matière de gouvernance numérique locale. Son expertise porte notamment sur la cybersécurité, la gouvernance intelligente (smart governance) et les défis de la gouvernance mobile (m-governance).

Les axes stratégiques du projet

Les travaux de la réunion ont été structurés autour de plusieurs axes prioritaires, directement alignés sur les cinq piliers de la Stratégie Nationale de Transformation Digitale 2025-2030 adoptée par la présidence algérienne.

Développement d’une infrastructure numérique publique moderne
Cet axe vise à moderniser les réseaux de télécommunications, les centres de données nationaux et les solutions de cloud computing. L’objectif affiché par l’Algérie est de disposer d’au moins cinq centres de données nationaux conformes aux standards internationaux, afin de renforcer l’indépendance technologique et la souveraineté numérique du pays c’est-à-dire la capacité d’un État à maîtriser ses infrastructures, ses données et ses technologies critiques sans dépendance excessive à l’égard de puissances étrangères.

Renforcement du fonctionnement
Il s’agit d’améliorer la synergie entre les différentes administrations algériennes en mettant en place des cadres d’interopérabilité, c’est à dire la capacité technique et organisationnelle des systèmes d’information à communiquer et à échanger des données de manière fluide. L’objectif est d’atteindre une interopérabilité à 100 % entre les services publics, évitant ainsi la fragmentation observée lors du programme «e-Algérie 2013», où seulement 57 % des tâches avaient été réalisées faute d’un organe de coordination centralisé.

Amélioration de la gouvernance des données
La gouvernance des données (data governance) désigne l’ensemble des processus, des politiques et des standards permettant de garantir la qualité, la sécurité et l’exploitation optimale des données publiques. Cet axe prévoit l’élaboration d’un cadre régissant la collecte, le traitement, le partage et la responsabilité de l’exploitation des données, dans le but de générer de la valeur ajoutée pour l’aide à la décision publique et de renforcer la confiance numérique.

Renforcement des services publics numériques
L’Algérie vise la numérisation intégrale (100 %) des services publics destinés aux citoyens et aux entreprises, ainsi que la mise en place d’une identité numérique pour chaque citoyen et chaque entreprise. Cette démarche vise à réduire la bureaucratie, à simplifier les démarches administratives et à créer un environnement de confiance, transparent et accessible.

Développement des compétences nationales

À travers des programmes de formation ciblés, le projet vise à constituer un bassin de 500 000 spécialistes actifs en TIC (technologies de l’information et de la communication) d’ici 2030, tout en réduisant de 40 % le phénomène de fuite des cerveaux (brain drain) qui est l’émigration des compétences qualifiées vers l’étranger à la recherche de meilleures opportunités ou d’autres choses car il n’y a pas de sondage, ni d’étude pour comprendre ce phénomène.

Un mécanisme de suivi conforme aux normes internationales
En tant que réunion des mécanismes de mise en œuvre du projet, les parties ont convenu d’un système de gestion et de suivi fondé sur les normes internationales, garantissant qualité, transparence et bonne mise en œuvre des différentes étapes du projet. Ce dispositif d’évaluation et de contrôle permettra de mesurer les progrès réalisés à l’aide d’indicateurs clés de performance (Key Performance Indicators, ou KPI), conformément aux standards de gestion de projet reconnus mondialement, tels que la certification ISO 9001:2015 déjà obtenue par l’eGA.

L’évaluation de l’expérience internationale de l’Académie du gouvernement numérique estonien dans les domaines de l’e-gouvernement (administration électronique), du fonctionnement interne des administrations et de la gouvernance numérique constitue un atout majeur pour l’Algérie. L’Estonie, classée numéro 2 au classement mondial des services publics numériques pour les citoyens (DESI 2022) et numéro 2 dans l’enquête des Nations Unies sur l’e-gouvernement (2024), offre un modèle reproductible adapté aux contextes nationaux spécifiques.

Un engagement pour la souveraineté numérique et l’administration moderne

Cette coopération incarne l’engagement de l’Algérie à promouvoir des partenariats internationaux de qualité, à soutenir la voie de la transformation digitale, à consolider la souveraineté numérique, à construire une administration publique moderne, fonctionnelle et sûre, à fournir des services numériques innovants et de qualité, à suivre les aspirations des citoyens et à incarner les objectifs de la vision «Digital Algeria 2030».

La Stratégie Nationale de Transformation Digitale 2025-2030 repose sur cinq axes stratégiques structurants : l’infrastructure de base TIC, le capital humain et la formation, la gouvernance numérique, l’économie numérique et la société numérique, soutenus par deux fondements transversaux qui sont un cadre légal et réglementaire adapté et le renforcement de la sécurité des systèmes d’information. Parmi les objectifs chiffrés ambitieux, on compte la contribution du secteur numérique à 20% du PIB national d’ici 2030 (contre 2,5 % en 2025), la création de 100 000 start-ups numériques, l’exportation de 500 millions de dollars de produits et services TIC, et l’attirance d’un milliard de dollars d’investissements directs étrangers dans le domaine du numérique.

Le Haut-Commissariat à la Numérisation (HCN), créé en 2023 par décret présidentiel et placé sous la tutelle directe de la Présidence de la République, coordonne l’ensemble de ces projets avec un budget de 120 milliards de dinars (environ 850 millions de dollars) pour la période 2024-2026. Mme Meriem Benmouloud, ingénieure d’État en informatique de formation et ancienne directrice des systèmes d’information du Domaine National, en assure la direction depuis mars 2023.

Source: HCN

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *