29 juin 2026

Du « Brain Drain » au « Brain Gain » <BR> L’Algérie mobilise sa diaspora scientifique

Une étape historique a été franchie avec l’ouverture officielle des travaux du Conseil supérieur de la communauté scientifique nationale à l’étranger. Cet événement s’est déroulé au sein du pôle scientifique et technologique Chahid-Abdelhafid Ihaddaden de Sidi Abdellah, la nouvelle « smart city » technologique située dans la banlieue d’Alger.

Placée sous le haut patronage du président de la République, cette nouvelle instance consultative ne se veut pas un simple symbole politique. Elle a pour mission concrète de fédérer les talents algériens éparpillés à travers le monde afin de guider et d’accélérer les mutations scientifiques, industrielles et économiques de l’Algérie de demain.

Une structure d’élite directement rattachée à la Présidence

Pour garantir l’efficacité et l’impact réel de ses recommandations, le Conseil bénéficie d’un ancrage institutionnel de premier ordre car il est directement rattaché à la présidence de la République. Ce positionnement stratégique lui évite les lenteurs administratives traditionnelles et assure que les avis des scientifiques parviendront directement au plus haut niveau décisionnel de l’État.

Le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Kamel Baddari, a qualifié cette initiative de «pierre fondatrice» dans l’édification de «l’Algérie nouvelle». Pour le gouvernement, la création de ce Conseil est la concrétisation directe des engagements du chef de l’État pour intégrer pleinement la diaspora dans l’effort de développement national.

L’assemblée est composée de 31 éminents scientifiques triés sur le volet. Reflet des modes de travail modernes et de la connectivité globale, la séance inaugurale a réuni 24 experts physiquement présents sur place, tandis que 7 autres y ont participé par visioconférence depuis leurs pays de résidence.

Des visages de renommée mondiale pour guider la transition

La force de ce Conseil réside dans le prestige et l’expertise de ses membres, qui occupent des postes clés dans les plus grands centres de recherche mondiaux, notamment en Australie, aux États-Unis, en France ou encore en Suède.

Parmi ces figures emblématiques, on retrouve le Professeur Elias Zerhouni, qui assure le rôle de coordinateur du comité constitutif de ce Conseil. Ce radiologue de renommée mondiale a notamment dirigé les prestigieux National Institutes of Health (NIH) aux États-Unis, le plus grand organisme de recherche médicale au monde, une trajectoire exceptionnelle qui fait de lui l’un des scientifiques les plus respectés de la planète.

Le Conseil compte également dans ses rangs le Professeur Belkacem Haba, légitimement surnommé l’un des inventeurs les plus prolifiques au monde. Ce chercheur détient des centaines de brevets internationaux dans le domaine de la microélectronique et des semi-conducteurs, et ses innovations majeures se trouvent aujourd’hui intégrées au cœur de la majorité des smartphones et des ordinateurs modernes.

S’exprimant au nom de ses pairs, le Pr Zerhouni a qualifié le lancement de cette instance d’« étape historique». Il a insisté sur un point pédagogique crucial pour réussir, le Conseil doit dépasser le stade des échanges ponctuels ou des conférences symboliques. L’objectif est d’installer une coopération permanente structurée autour de projets industriels et technologiques concrets.

Autonomie et veille technologique

Pour accomplir ses missions sans être freiné par les lourdeurs de la bureaucratie, le Conseil supérieur dispose d’une autonomie administrative et financière complète. Cette indépendance de gestion lui offre l’agilité et la flexibilité indispensables pour initier rapidement des programmes de recherche innovants et collaborer efficacement avec l’ensemble de ses partenaires sectoriels.

Dans cette dynamique, les deux missions prioritaires de cette instance ont été clairement définies. D’une part, le Conseil s’attachera à créer des passerelles d’apprentissage durables afin de briser le cloisonnement institutionnel, en connectant directement les chercheurs de la diaspora avec les universités algériennes, les centres de recherche nationaux et la jeune génération d’étudiants locaux.

D’autre part, il s’agira de déployer un dispositif rigoureux de veille scientifique et technologique capable d’anticiper les grandes ruptures mondiales, à l’image de l’essor de l’intelligence artificielle, de la transition énergétique ou des biotechnologies. Cet effort d’anticipation stratégique permettra de conseiller efficacement l’État et de moderniser le tissu industriel national afin de garantir sa compétitivité avant qu’il ne devienne obsolète.

L’enjeu à long terme est donc de transformer cette « communauté de l’étranger » en un véritable moteur interne de croissance, capable de transformer l’économie algérienne en une économie moderne et compétitive à l’échelle internationale.

Lexique et définitions

  • Fuite des cerveaux (Brain Drain) : Flux migratoire de scientifiques, d’ingénieurs, de médecins ou d’intellectuels hautement qualifiés qui quittent leur pays d’origine pour des raisons économiques, professionnelles ou politiques, au profit de pays étrangers offrant de meilleures conditions de travail.
  • Circulation des compétences (Brain Gain ou Brain Circulation) : Modèle économique moderne qui s’oppose à la fuite des cerveaux. Il désigne un mouvement où les scientifiques expatriés ne coupent pas les ponts avec leur pays d’origine, mais y reviennent régulièrement, y investissent ou collaborent à distance, créant un flux bidirectionnel de connaissances.
  • Instance consultative : Un organisme officiel composé d’experts dont le rôle est d’étudier des dossiers, d’émettre des analyses et de formuler des recommandations ou des avis techniques pour éclairer les décisions du pouvoir politique, sans pour autant disposer du pouvoir de voter des lois.
  • Pôle scientifique et technologique (ou Technopôle) : Une zone géographique planifiée qui regroupe sur un même site des infrastructures de recherche (universités, grandes écoles), des laboratoires scientifiques et des entreprises de haute technologie, afin de stimuler l’innovation par la proximité des acteurs.
  • Visioconférence : Technologie de télécommunication qui permet à des personnes situées dans des lieux géographiques différents de communiquer en temps réel avec transmission de la voix et de l’image vidéo, facilitant le travail collaboratif international.
  • Veille scientifique et technologique : Activité stratégique et systématique consistant à surveiller, collecter, analyser et diffuser les informations techniques et scientifiques les plus récentes (brevets, publications, innovations) afin d’anticiper les évolutions du marché et de maintenir un avantage compétitif.
  • Autonomie administrative et financière : Statut juridique accordé à une institution lui permettant de s’administrer elle-même, de gérer son propre budget et de recruter son personnel de manière indépendante, sans être soumise à la tutelle directe et quotidienne d’un ministère standard.

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