La 2ème édition de la semaine scientifique de l’AAST s’est ouverte à Souk Ahras. Cette manifestation illustre la stratégie algérienne de décentralisation scientifique. Elle met également en avant la valorisation du patrimoine historique comme levier de développement. L’événement témoigne d’une volonté d’ouverture internationale du paysage recherche national.
L’AAST s’appuie sur l’héritage de la Numidie antique pour inspirer les participants. La figure de saint Augustin, natif de Thagaste, est au cœur de cette démarche patrimoniale. Cette manifestation vise ainsi à mobiliser les jeunes générations autour des valeurs du savoir et de l’excellence.
Parallèlement, l’événement contribue à consolider l’écosystème de recherche national. Le paysage universitaire algérien compte aujourd’hui 117 établissements d’enseignement supérieur. Ces structures accueillent environ 1,8 million d’étudiants à travers le territoire national.
Le coup d’envoi de la 2ème édition de la semaine scientifique de l’Académie algérienne des sciences et des technologies (AAST) a été donné, samedi, à l’université Mohamed-Cherif Messaâdia de Souk Ahras, en présence d’étudiants, de chercheurs et de professeurs.
Qu’est-ce que l’AAST ?
L’Académie algérienne des sciences et des technologies (AAST) est un établissement public à caractère scientifique, créé en 2006, qui a pour mission de promouvoir la recherche scientifique et le développement technologique en Algérie. Contrairement aux universités classiques qui se concentrent sur l’enseignement, supérieur et la recherche fondamentale, l’AAST fonctionne comme un think tank (laboratoire d’idées) qui produit des études stratégiques, organise des événements scientifiques et accompagne la politique scientifique nationale.
Une cérémonie riche en symboles historiques
Le Pr Mohamed-Hichem Kara, président de l’AAST, a souligné, en ouverture de cet événement organisé sous le haut patronage du président de la République, M. Abdelmadjid Tebboune, dans le cadre de la célébration de la Youm El Ilm (journée du savoir, commémorée chaque 16 avril), que le lancement de cette manifestation à Souk Ahras est « porteur de significations historiques profondes ».
Souk Ahras, berceau de la science antique
Cette ville n’est pas choisie au hasard. Thagaste, l’antique nom romain de Souk Ahras, est, depuis les temps anciens, un berceau de la science. Située dans l’Est algérien, à la frontière tunisienne, cette région a vu naître plusieurs figures intellectuelles majeures de l’Antiquité.
Le Pr Kara a également mis en avant les « contributions de l’université Numide de Madaure ». Il s’agit de l’Université de Madaure, une institution d’enseignement supérieur de l’Antiquité (Ier-Ve siècle après J.-C.) située à M’daourouch, à une vingtaine de kilomètres de l’actuelle Souk Ahras. Cette université a formé de grands scientifiques et philosophes, dont le plus célèbre est saint Augustin (354-430 après J.-C.), philosophe et théologien majeur de la pensée occidentale, né précisément à Thagaste en 354. Son influence sur la philosophie, la théologie chrétienne et la pensée politique occidentale a « traversé les générations et demeure présente à ce jour », on parle encore de l’augustinisme en philosophie et en théologie.
Les objectifs stratégiques de l’événement
Selon le Pr Kara, cette initiative « s’inscrit dans le cadre de la consolidation de la position de l’Algérie dans le domaine de la recherche scientifique et du développement ». Elle vise également à promouvoir « l’esprit d’échange et d’expertise », créant un espace de rencontre entre « élites et compétences » pour soutenir la dynamique scientifique nationale.
Le paysage universitaire algérien en chiffres
Le professeur Toufik Hammoum, représentant du ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique Kamel Baddari, a présenté des chiffres qui illustrent l’ampleur du paysage universitaire algérien.
Il a ainsi évoqué les 117 établissements universitaires répartis sur l’ensemble du territoire national, comprenant des universités, des centres universitaires et des grandes écoles. À cela s’ajoutent 54 établissements d’enseignement supérieur relevant d’autres ministères, tels que ceux de la Santé, de l’Agriculture ou de l’Énergie. Le secteur privé est également représenté avec 24 établissements.
Au total, ce sont 195 structures d’enseignement supérieur qui accueillent aujourd’hui les étudiants algériens. Le nombre d’inscrits atteint environ 1,8 million, ce qui témoigne de la massification de l’enseignement supérieur dans le pays.
Ces chiffres révèlent une évolution qualitative remarquable depuis les années 2000. À cette époque, le pays ne comptait qu’une dizaine d’universités. Aujourd’hui, ce maillage dense couvre l’intégralité du territoire national, rapprochant ainsi l’offre de formation des populations de toutes les régions.
Un partenariat stratégique
La directrice de l’université de Souk Ahras, le Pr Noura Moussa, a souligné que l’accueil de cet événement par l’université Mohamed-Cherif Messaâdia « révèle l’ouverture de l’institution universitaire aux activités scientifiques nationales et internationales ».
L’université Mohamed-Cherif Messaâdia, créée en 1979, compte environ 26 000 étudiants et 1 200 enseignants-chercheurs. Elle est spécialisée dans les sciences de la nature, la biologie, la géologie et les sciences de la Terre, un positionnement cohérent avec l’histoire géologique et de la région qui a le massif de l’Edough, qui est riche en minerais.
Une semaine dédiée à l’innovation et l’entrepreneuriat
L’événement a donné lieu à plusieurs types d’activités complémentaires. Des sessions scientifiques ont été organisées, incluant des conférences plénières (keynotes) et des conférences thématiques approfondies.
Des ateliers de travail pratiques ont également permis aux participants d’acquérir des compétences concrètes. Par ailleurs, des expositions ont été consacrées à l’innovation et à l’entrepreneuriat étudiant, mettant en lumière la créativité des jeunes talents.
Des étudiants et des chercheurs ont présenté leurs projets dans les domaines des sciences et des technologies. Enfin, des interventions spécifiques ont porté sur l’histoire et le patrimoine de la région, ainsi que sur le rôle essentiel de la recherche scientifique dans la protection et la valorisation du patrimoine culturel.
Une tournée nationale
Cette semaine scientifique ne se limite pas à Souk Ahras. Elle se poursuivra avec l’organisation d’activités similaires dans plusieurs wilayas du pays. À Constantine, ancienne capitale de la Numidie et métropole de l’Est algérien, des sessions seront organisées.
Mascara, région historique dotée d’un riche patrimoine islamique, accueillera également des manifestations. Tindouf, région saharienne reconnue comme centre de la recherche géologique et minière, fera partie du circuit.
Enfin, Alger, la capitale et centre politique et économique du pays, clôturera cette tournée. Cette mobilité territoriale illustre la volonté de l’AAST de décentraliser la vie scientifique. L’objectif est de toucher les différentes régions du pays, au-delà de la capitale et des grands centres universitaires traditionnels.

