Le 16 avril 2026 restera gravée comme une date emblématique dans le calendrier algérien. En cette journée particulière, le Premier ministre Sifi Ghrieb avait été chargé de représenter le Président Abdelmadjid Tebboune. Il présidait ainsi une cérémonie d’une importance capitale à savoir la deuxième édition du Prix du président de la République pour le chercheur innovant. Cette distinction prestigieuse avait été créée sur l’initiative personnelle du chef de l’État. Elle traduit une volonté politique sans équivoque. L’objectif est clair. Transformer progressivement l’Algérie en une nation capable de produire et d’exporter du savoir, et non plus seulement d’en consommer.

À cette occasion, le Président Tebboune a tenu à adresser un message fort à la nation. Il a réaffirmé avec une grande fermeté la place centrale désormais accordée à la science et à l’innovation. Ces deux domaines ne sont plus considérés comme de simples options parmi d’autres. Ils constituent désormais le socle fondamental, la base essentielle de la souveraineté nationale. Ils représentent également l’instrument privilégié, le levier indispensable pour accompagner la transformation économique du pays. Cette transition n’est pas facultative, elle s’impose comme une nécessité absolue pour l’avenir de l’Algérie.
Qu’est-ce que la « Journée du Savoir » ?
Le 16 avril n’a pas été choisi au hasard. Cette date commémore la mémoire de l’imam Abdelhamid Ben Badis (1889-1940), figure emblématique de la renaissance intellectuelle algérienne. Ben Badis, fondateur de l’Association des oulémas musulmans algériens en 1931, avait compris très tôt que l’émancipation d’un peuple passe nécessairement par l’éducation. Sa célèbre formule, «L’Islam est ma religion, l’Algérie ma patrie, l’arabe ma langue », résumait sa vision d’une identité algérienne moderne, ancrée dans la connaissance. En choisissant cette date, le président Tebboune inscrit son initiative dans la continuité historique d’une Algérie qui a toujours lié son destin à l’intellect.
Le message du Président : De la théorie à la pratique
Dans son message lu par le Premier ministre, le Président Tebboune a posé les jalons d’une vision ambitieuse qui est que l’État algérien a placé la recherche scientifique et l’innovation au cœur de ses priorités stratégiques, faisant des universités et des laboratoires de recherche « le cœur battant de cette dynamique innovante ».
Le Président Tebboune l’a clairement affirmé l’Algérie doit passer « d’une économie dépendante des hydrocarbures à une économie de l’innovation, d’une consommation de technologie à sa production ».
La deuxième édition du Prix du Président pour le chercheur innovant n’est pas qu’une cérémonie de distinction. Elle représente un acte politique fondateur qui inscrit l’Algérie dans la voie des nations productrices de savoir. En honorant des chercheurs dont les travaux touchent à la santé, à l’énergie, à l’environnement et aux technologies numériques, le pays démontre sa capacité à mobiliser ses cerveaux pour répondre à ses défis spécifiques.
Comme l’a rappelé le président Tebboune : « Vous êtes les ambassadeurs du changement, la génération qui construit notre présent nouveau et notre avenir radieux. »
Le Président Tebboune a insisté sur la nécessité de transformer les idées en produits portant la mention « Innové en Algérie ». Cette volonté de marque nationale reflète une prise de conscience à savoir que la vraie souveraineté ne se décrète pas, elle se construit par la maîtrise technologique.
Cette deuxième édition a distingué six talents exceptionnels, répartis en deux catégories à savoir trois enseignants-chercheurs et trois étudiants. Leurs projets illustrent parfaitement la quadruple hélice de l’innovation, gouvernement, université, industrie, société civile, appliquée aux défis nationaux.
Enjeux et perspectives, vers une souveraineté technologique
Plusieurs défis majeurs restent à surmonter pour consolider cette dynamique. En premier lieu, le financement de la recherche et du développement demeure insuffisant. L’Algérie n’y consacre que 0,5% de son produit intérieur brut, ce qui place le pays très en retrait par rapport aux nations développées qui investissent généralement entre 2% et 3% de leur richesse nationale dans ce secteur.
Cet écart significatif limite considérablement les capacités d’innovation du pays. En deuxième lieu, la production de brevets fait figure de point noir. Le nombre de demandes déposées par des inventeurs algériens se compte en quelques centaines chaque année seulement. Cette performance paraît d’autant plus modeste lorsqu’on la compare à celle de pays comme la Corée du Sud ou la Chine, qui enregistrent des dizaines de milliers de brevets annuellement.
Enfin, le transfert technologique représente un obstacle supplémentaire. Il s’agit de réussir la transition délicate entre la recherche universitaire, souvent confinée dans ses laboratoires, et la création d’entreprises innovantes capables de commercialiser ces découvertes. Ce passage de la théorie à la pratique entrepreneuriale reste à structurer et à amplifier.
Le programme « Algérie Digitale 2030 » vise à porter la contribution de l’économie numérique à 15% du PIB et à atteindre 50% de paiements électroniques. Les lauréats de ce prix incarnent les premiers jalons de cette transformation.
L’horizon 2030 : comprendre l’économie de la connaissance
L’expression « économie de la connaissance » (ou knowledge economy en anglais) désigne un modèle économique où la création, la diffusion et l’utilisation de la connaissance constituent les principaux moteurs de la croissance. Contrairement à l’économie traditionnelle fondée sur les ressources naturelles, comme le pétrole et le gaz en Algérie, l’économie de la connaissance valorise le capital intellectuel, la recherche-développement (R&D) et l’innovation technologique.
Cette transition revêt une importance capitale pour l’Algérie. Tout d’abord, le pays demeure encore largement dépendant de ses ressources pétrolières et gazières, qui représentent à elles seules plus de 90% de ses revenus. Cette concentration excessive sur un seul secteur expose l’économie nationale à une fragilité structurelle.
En effet, les fluctuations imprévisibles des cours du pétrole sur les marchés internationaux créent une vulnérabilité persistante aux chocs économiques extérieurs. Une baisse brutale des prix peut ainsi plonger le pays dans des difficultés financières majeures. Par conséquent, la diversification de l’économie n’est plus une option mais une nécessité absolue. Elle constitue désormais le seul moyen d’assurer une véritable souveraineté économique et de garantir la résilience du pays face aux aléas mondiaux.
Les prix
Catégorie Enseignants-Chercheurs
1er Prix : Dr Kharfi Fayçal
— Université de Sétif
Projet : Techniques de numérisation structurée et impression 3D pour la radiothérapie
Qu’est-ce que la numérisation structurée ? C’est une technique de scan 3D qui projette des motifs de lumière structurée sur un objet pour en capturer la forme précise. Dans le domaine médical, elle permet de créer des modèles tridimensionnels personnalisés des patients.
L’innovation en détail : Le Dr Kharfi a développé des capsules de dose sur mesure pour la radiothérapie, traitement contre le cancer utilisant des rayonnements ionisants pour détruire les cellules malignes.
Ces capsules présentent quatre avantages majeurs :
- Précision d’administration : dosage exact adapté à chaque patient
- Conformité anatomique : adaptation parfaite aux surfaces corporelles
- Confort du patient : réduction des inconforts pendant les séances
- Contrôle en temps réel : pastilles de mesure de dose développées en laboratoire algérien
Pourquoi c’est révolutionnaire ? La radiothérapie conventionnelle utilise des dispositifs standardisés qui ne s’adaptent pas toujours parfaitement à la morphologie unique de chaque patient. L’impression 3D médicale permet une médecine personnalisée (precision medicine), où les traitements sont conçus sur mesure. De plus, le développement local de ces pastilles de mesure réduit la dépendance aux importations — un enjeu de souveraineté sanitaire majeur.
2ème Prix : Colonel Boumerrah Yacine & Lieutenant-colonel Ouahab Abdellah
— Centre national de recherche et développement de la gendarmerie
Projet : Système rapide de détection de la cocaïne et du crack
Contexte sécuritaire : L’Algérie fait face à une augmentation des trafics de drogue, notamment via ses frontières sud. La cocaïne et le crack (forme fumable de la cocaïne) représentent des menaces sanitaires et sécuritaires croissantes. La détection rapide sur le terrain est essentielle pour les forces de l’ordre.
Qu’est-ce qu’un test de détection rapide ? Ces tests, souvent basés sur des réactifs immunochromatographiques, permettent d’identifier la présence de substances illicites en quelques minutes, sans nécessiter d’équipement de laboratoire lourd. Leur déploiement « par toutes les unités opérationnelles » de la gendarmerie montre une volonté de souveraineté technologique en matière de sécurité intérieure.
3ème Prix : Dr Ismail Hassani
— Université de Batna
Projet : Chambre froide solaire sans batterie
Le défi énergétique algérien : Malgré ses ressources hydrocarbures, l’Algérie peine à électrifier certaines zones rurales isolées. La conservation des aliments — cruciale pour la sécurité alimentaire — nécessite souvent une chaîne du froid coûteuse en énergie.
Comment fonctionne cette innovation ?
- Panneaux photovoltaïques : captent l’énergie solaire et alimentent directement le compresseur via un onduleur (appareil convertissant le courant continu en courant alternatif)
- Plaques thermiques : agissent comme des « batteries thermiques », emmagasinant le froid pendant la journée pour le restituer la nuit
- Absence de batteries électriques : élimine les coûts, la maintenance et les risques environnementaux liés aux batteries
Impact potentiel : Cette technologie pourrait révolutionner la préservation des produits agricoles dans les zones rurales non connectées au réseau électrique national, réduisant le gaspillage alimentaire et améliorant les revenus des agriculteurs.
Catégorie Étudiants
1er Prix : Marwa Airech
— École supérieure des sciences biologiques d’Oran
Projet : Recherche de micro-organismes stables pour la lutte contre la pollution
Qu’est-ce qu’un micro-organisme stable ? Il s’agit de souches microbiennes (bactéries, levures, champignons) capables de survivre dans des conditions extrêmes (température, pH, salinité) tout en conservant leurs propriétés bénéfiques.
Applications stratégiques :
- Industries agroalimentaires : bio-conservation, fermentation contrôlée, réduction des additifs chimiques
- Industrie pharmaceutique : production d’antibiotiques, enzymes, vaccins
- Bioremediation : dépollution biologique des sols et des eaux
L’Algérie, avec ses multiples zones industrielles et son littoral méditerranéen vulnérable, a un besoin urgent de solutions de dépollution biologiques adaptées à son contexte.
2ème Prix : Daoud Anaïs
— École supérieure de l’intelligence artificielle
Projet : Système de purification cellulaire (laboratoire virtuel)
Qu’est-ce que l’intelligence artificielle (IA) ? L’IA désigne l’ensemble des techniques permettant à des machines de simuler l’intelligence humaine, apprentissage, raisonnement, perception, décision. L’apprentissage profond (deep learning), sous-domaine de l’IA, utilise des réseaux de neurones artificiels inspirés du cerveau humain.
L’innovation d’Anaïs Daoud : Un laboratoire virtuel permettant de simuler des analyses génétiques et des tests pharmaceutiques sans équipement physique. Cette biologie in silico (par opposition à in vivo — dans l’organisme, et in vitro — en laboratoire) réduit :
- Les coûts des équipements de laboratoire (souvent importés et onéreux)
- Le temps de développement des médicaments
- Les risques éthiques liés aux tests sur animaux ou humains
Contexte : L’École supérieure de l’intelligence artificielle d’Alger, créée récemment, illustre la volonté algérienne de former des compétences dans les technologies du futur.
3ème Prix : Bouzeghrane Soumia
— Université de Laghouat
Projet : Premier dispositif numérique arabe de mesure des fonctions exécutives du cerveau
Qu’est-ce que les fonctions exécutives ? Ce sont les capacités cognitives supérieures permettant de planifier, décider, résoudre des problèmes, contrôler ses impulsions et adapter son comportement. Elles sont localisées principalement dans le cortex préfrontal et constituent des indicateurs clés de la santé mentale.
Pourquoi « premier du monde arabe » est important : La plupart des outils neuropsychologiques utilisés dans la région sont importés et standardisés sur des populations occidentales.
Un dispositif développé localement permet :
- Une adaptation aux spécificités linguistiques et culturelles algériennes
- Une réduction des coûts d’acquisition
- Le développement d’une expertise nationale en neurosciences
Applications : diagnostic précoce des troubles cognitifs (Alzheimer, TDAH, traumatismes crâniens), évaluation des capacités professionnelles, recherche fondamentale en neurosciences.
Texte corrigé par ChatGPT

