Vous savez ce qui m’a fait réfléchir l’autre jour ? J’ai lu un truc sur l’Inde. Et depuis, j’arrive pas à m’en sortir de la tête. Imaginez un peu. Vous êtes mécanicien, barbier, ou vous tenez une petite boutique de vêtements dans un quartier de New Delhi. Vous arrivez le matin, vous mettez votre tablier, et là… on vous fixe un téléphone sur le front. Un iPhone, avec un simple serre-tête, comme si vous alliez plonger sous l’eau. Et vous filmez. Vous filmez vos mains toute la journée. Vos mains qui désossent une moto, qui plient des tuniques, qui coupent des légumes, qui rangent des étagères.

L’Inde, nouvelle mine d’or des robots dopés à l’IA
Vous savez pourquoi ? Pour apprendre à un robot à faire exactement ce que vous faites. À la main. Votre geste, votre manière de faire. On récupère tout, on l’envoie à des boîtes tech en Amérique, en Europe, en Corée. Et ces gens-là, ils construisent des robots qui, demain, feront le ménage, rangeront nos armoires, aideront des personnes âgées.
Et le pire dans l’histoire? Celui qui filme, il touche moins de deux euros de l’heure. Deux euros. Pour un mois entier à filmer ses gestes, il gagne à peine 300 euros.
L’avantage compétitif de l’Inde : le manuel comme atout
Alors bien sûr, certains ne savent pas vraiment à quoi ça sert. On leur dit : « C’est pour la science, c’est pour la tech. » Et eux, ils voient surtout le petit billet qui tombe à la fin de la journée. Parce que quand on vit avec moins de deux dollars par jour, ces quelques roupies, c’est une bouée. On dit pas non.
Mais il y en a qui savent. Qui comprennent très bien qu’ils sont en train de construire leur propre remplaçant. Et vous savez ce qu’on leur répond quand ils posent la question ? « Ne vous inquiétez pas, les robots, c’est pour dans quinze ans. Et puis c’est pour les pays riches, pas pour l’Inde. Ici, la main-d’œuvre est trop bon marché, personne va investir dans des robots. »
Vous ne trouvez pas ça glaçant ? On les paie une misère pour qu’ils nourrissent les machines qui, un jour, remplaceront peut-être pas eux, mais leurs enfants. Leurs voisins. Toute leur économie.
Et il y a deux façons de faire, apparemment. La première, c’est dans la vraie vie. Le gars a son téléphone sur le front, il travaille normalement dans son atelier, sa boutique. C’est authentique, mais c’est le bazar. Un quart des vidéos est inutilisable parce que la lumière est mauvaise, ou parce qu’un client passe devant. L’autre méthode, c’est en studio. Des phares, un fond blanc, des pinces à la place des mains de robot, et un jeune diplômé qui plie des jeans en boucle toute la journée. Lui, il gagne un peu plus, mais c’est toujours une misère comparé à ce que valent ces données.
« les robots n’arriveront pas avant quinze ans »
Et vous savez pourquoi c’est l’Inde qui est devenue le centre de tout ça? Parce que chez eux, tout se fait encore à la main. Pas d’usines entièrement automatisées comme en Turquie ou en Malaisie, par exemple. Non. En Inde, c’est le geste humain, le geste vrai, qu’on trouve partout. Et c’est exactement ce que les algorithmes veulent apprendre. Pas un robot qui répète la même chose dans une usine. Un robot qui s’adapte, qui imite la fluidité d’une main humaine dans un monde imprévisible.
Le marché, il est en train d’exploser. Apparu en 2024, et déjà, des start-up lèvent des millions. Les acheteurs raffolent de ces vidéos. Ils veulent des millions d’heures de gestes filmés pour créer des robots capables de tout faire. Ranger, nettoyer, cuisiner, bricoler. Le robot domestique ultime, celui qu’on nous vend depuis des années dans les films de science-fiction.
Un marché en explosion, dominé par l’Occident
Mais quand je lis tout ça, je me dis alors on est en train de refaire la même erreur, non? Après avoir envoyé la production de nos vêtements et de nos téléphones à l’autre bout du monde, maintenant on envoie l’apprentissage de nos machines. On demande aux plus pauvres de nous montrer comment on fait les choses, on leur donne quelques pièces, et on repart avec le savoir pour construire des robots qui, un jour, ne leur laisseront plus rien.
Alors oui, aujourd’hui, le robot ménager, c’est encore un projet de labo. Mais demain? Demain, ce sera dans nos salons. Et quand on se réveillera avec un robot qui range nos placards, ou qui répare votre voiture en panne, faudra pas oublier d’où vient le geste qu’il a appris. Il vient d’un mécanicien qui suait à grosses gouttes sous le soleil de Delhi, avec un téléphone sur le front, pour moins de deux euros de l’heure.
Vous ne trouvez pas qu’on devrait tous se poser la question ? Jusqu’où on est prêts à aller pour que nos machines deviennent plus intelligentes?
A Savoir
Définition
Intelligence artificielle (IA)
L’intelligence artificielle désigne l’ensemble des technologies qui permettent à une machine d’imiter des capacités humaines à savoir raisonner, apprendre, percevoir, décider. Pour qu’une IA fonctionne, elle doit être «entraînée» sur des données, c’est-à-dire nourrie d’énormes quantités d’informations (textes, images, vidéos) qui lui servent de modèle. Sans ces données, l’IA ne peut rien faire.
Données d’entraînement
Ce sont les informations utilisées pour «éduquer» un algorithme d’IA. Plus les données sont nombreuses et variées, plus l’IA sera performante. Dans le cas des robots, ces données sont des vidéos qui montrent des humains en train d’effectuer des gestes. La machine analyse chaque mouvement, en extrait des motifs, et apprend à les reproduire.
Robot généraliste
Un robot généraliste est une machine capable d’effectuer une grande variété de tâches, et non une seule fonction spécifique (comme un bras robotisé dans une usine). L’objectif est de créer des robots polyvalents, capables de s’adapter à des situations diverses pour ranger une maison, aider une personne âgée, préparer un repas. C’est le Graal de la robotique moderne.
Algorithmes
Un algorithme est une série d’instructions logiques qu’une machine suit pour résoudre un problème. Dans le contexte de l’IA, les algorithmes sont les «cerveaux» qui traitent les données et prennent des décisions. Plus ils sont complexes et entraînés, plus ils deviennent performants.
Obsolescence professionnelle
L’obsolescence professionnelle désigne la disparition progressive de certains métiers, rendus inutiles par les progrès technologiques. Dans le cas présent, les robots pourraient remplacer les travailleurs manuels dans de nombreux secteurs comme la coiffure, la réparation, l’esthétique, le commerce de détail. C’est une des grandes craintes liées au développement de l’IA.
ChatGPT
ChatGPT est un agent conversationnel ou «chatbot» développé par l’entreprise américaine OpenAI. Lancé en novembre 2022, il a marqué un tournant dans l’histoire de l’IA en rendant accessible à tous une intelligence artificielle capable de comprendre et de générer du texte de manière fluide et naturelle. Pour être entraîné, ChatGPT a nécessité des milliers d’heures de travail humain, notamment au Kenya, où des travailleurs ont été payés pour annoter des textes et corriger les réponses de l’IA.
Roupies
La roupie est la monnaie officielle de l’Inde. Son taux de change est d’environ 1 euro pour 90 roupies (chiffre indicatif, susceptible de varier). Ainsi, 200 roupies de l’heure équivalent à un peu plus de 2 euros.
Économie informelle indienne
L’économie informelle désigne l’ensemble des activités économiques qui échappent à la réglementation et à la fiscalité officielles. En Inde, elle représente près de 80% de l’emploi total. Cela inclut les boutiquiers, les artisans, les réparateurs, les coiffeurs, etc. C’est précisément cette économie de proximité, non mécanisée, qui intéresse les entreprises d’IA.
Automatisation
L’automatisation est le processus par lequel des machines, des robots ou des logiciels effectuent des tâches autrefois réalisées par des humains. Elle permet de gagner en productivité et en précision, mais elle supprime aussi des emplois. La Malaisie et la Turquie sont des exemples de pays où l’automatisation a déjà transformé en profondeur l’industrie.
Base de données
Une base de données est un ensemble structuré d’informations stockées dans un système informatique. Dans le cas des robots, il s’agit d’une collection de vidéos classées, étiquetées et analysées pour être utilisées par les algorithmes d’IA.

