À Alger, à Tlemcen ou à Oran, la scène est la même. Un adolescent, un téléphone, des heures qui défilent. Et cette question que tous les parents se posent «Qu’est-ce qu’il regarde, à la fin?» Le procès intenté à Meta à Oakland apporte une réponse glaçante. Les plateformes sont conçues pour rendre accro, comme les cigarettes il y a trente ans. Derrière le like, la notification, le scroll infini, se cache une industrie qui considère nos enfants comme des produits à fidéliser. Et si, au lieu de culpabiliser les parents, on regardait la vérité en face ?
Vous rentrez du travail. Vous passez devant le salon. Votre fille de douze ans est là, immobile, les yeux rivés sur son écran. Vous lui parlez. Elle ne vous entend pas. Vous insisterez plus tard. Et ce soir-là, comme beaucoup d’entre nous, vous vous demanderez «Mais qu’est-ce qu’elle regarde depuis trois heures?»
Cette scène, on la connaît tous. Dans les appartements d’Alger comme dans les maisons de Tlemcen, dans les cafés où les grands-parents se plaignent que leurs petits-enfants ne lèvent plus le nez de leur téléphone. On en parle dans les groupes WhatsApp de la famille, entre cousins, entre voisins. On se rassure en se disant que c’est «l’époque», que tous les jeunes font ça. Mais au fond, on sait que quelque chose cloche.
Et puis, il y a eu cette nouvelle qui est arrivée d’Oakland, en Californie. 29 États américains ont décidé de tenir tête à Meta. Pas avec des mots doux. Avec un procès. Ils disent ce que beaucoup de parents pensent depuis des années car ces plateformes sont conçues pour accrocher nos enfants. Pour les garder scotchés. Pour leur montrer des choses qu’ils ne devraient pas voir. Et tout ça, en récupérant leurs données personnelles comme si elles n’avaient aucune valeur.
On parle de 200 milliards de dollars d’amende. C’est énorme. C’est 14% de ce que vaut Meta en Bourse. Mais ce chiffre, ce n’est pas juste de l’argent. C’est un message. Comme quand, en 1994, on a traîné les cigarettiers devant les tribunaux parce qu’ils savaient que le tabac rendait malade et qu’ils le cachaient. Aujourd’hui, on dit aux géants du numérique «Vous saviez. Vous avez caché. Ça suffit.»
Et les chiffres qui sortent de ce procès, ils font froid dans le dos. Meta dit qu’Instagram est interdit aux moins de 13 ans. Pourtant, 4,6 millions d’enfants se sont inscrits entre 2012 et 2024. L’entreprise appelle même les gamins de 10 à 12 ans des clients «spéciaux». Spéciaux. Comme si on parlait de petits consommateurs à fidéliser. Sur une semaine, un adolescent sur cinq tombe sur des contenus violents ou sexuels. Et la fameuse fonction «faire une pause» que Meta vante? Seul un adolescent sur cinq l’utilise.
Ces applications ne sont pas des outils neutres. Elles sont pensées pour créer une dépendance. Le like, la notification, le scroll infini, tout est calculé pour activer le cerveau des jeunes comme une machine à sous. Le résultat, on le voit autour de nous. Les enfants anxieux. Les nuits blanches. Les notes qui baissent. Les disputes familiales. Ce n’est plus seulement l’affaire d’une famille. C’est un fardeau que portent nos écoles, nos quartiers, nos commissariats quand le cyberharcèlement frappe.
D’autres procès suivront. YouTube, Snapchat, TikTok car aucun ne devrait se sentir à l’abri. Et la vigilance ne s’arrête pas là. L’intelligence artificielle arrive à grand pas. ChatGPT vient de lancer une version pour les 13-17 ans. Certains y voient une avancée. D’autres, un nouveau terrain à surveiller.
Dans le monde, plusieurs pays réfléchissent à une vraie interdiction des réseaux sociaux pour les moins de 15 ans. Pas une ligne sur le papier que tout le monde contourne. Une loi solide, bien ficelée, avec des moyens de contrôle. L’Australie a déjà voté. La France discute. Et nous, en Algérie, on observe, on échange, on se demande ce qui est le mieux pour nos jeunes.
Parce qu’au fond, ce procès, ce n’est pas une histoire américaine lointaine. C’est l’histoire de votre nièce qui pleure parce qu’on l’a insultée sur un commentaire. C’est celle de votre voisin qui ne sait pas comment bloquer les vidéos inappropriées sur le téléphone de son fils. C’est la nôtre, à tous.
Alors, demain, quand vous verrez un adolescent scotché à son écran, que ferez-vous ?

