Le Directeur général de la Sûreté nationale, Ali Badaoui, a affirmé à Alger que la protection du citoyen dans l’espace numérique constitue désormais un impératif au même titre que la sécurité physique. À l’occasion d’une journée d’étude à l’École supérieure de police « Ali Tounsi », il a détaillé la feuille de route de la police algérienne, entre conformité aux lois 18-07 et 25-11, lutte contre la cybercriminalité et élaboration d’un guide d’orientation unifié pour harmoniser les pratiques sur le terrain.
L’événement s’est tenu à l’École supérieure de police « Ali Tounsi » et a bénéficié d’une participation de haut niveau. Étaient présents le ministre de la Justice, garde des Sceaux, Lotfi Boudjemaâ, le ministre de l’Intérieur, des Collectivités locales et des Transports, Saïd Sayoud, le président de l’Autorité nationale de protection des données à caractère personnel (ANPDP), Samir Bourehil, ainsi qu’un représentant de l’Agence de la Sécurité des Systèmes d’Information (ASSI) du ministère de la Défense nationale. Plusieurs cadres de la police complétaient l’assistance.
Cette journée avait pour objectif d’examiner les dimensions opérationnelles et organisationnelles du nouveau disposit juridique relatif à la protection des personnes physiques en matière de traitement des données à caractère personnel. Elle visait également à renforcer la conformité aux dispositions de la loi nº 18-07, modifiée et complétée par la loi nº 25-11, afin d’adapter les pratiques administratives et sécuritaires aux exigences de la transformation numérique.
La cybersécurité, nouveau cœur de la sécurité nationale
Le Directeur général de la Sûreté nationale (DGSN), Ali Badaoui, pose un principe clair à savoir que la sécurité nationale passe désormais avant tout par la cybersécurité. La protection des données personnelles des citoyens est érigée en facteur majeur de stabilité sociale, au même titre que la sécurité physique.
Un cadre juridique renforcé et une coordination interinstitutionnelle car la démarche s’appuie sur la loi nº 18-07 (2018), complétée par la loi nº 25-11 (2025), pour encadrer le traitement des données personnelles. Cette journée d’étude à l’École supérieure de police « Ali Tounsi » illustre la complémentarité entre la police, la Justice, l’Intérieur et l’ANPDP, en application des orientations du président Tebboune.
Du citoyen physique au citoyen numérique
La transformation numérique oblige la police à élargir sa mission traditionnelle. La protection du citoyen ne se limite plus à sa personne et ses biens matériels. La transformation numérique croissante a imposé, selon le chef de la police, un développement stratégique du dispositif sécuritaire ainsi que de nouvelles exigences. « La protection du citoyen s’est étendue à la protection de son identité numérique, ses comptes financiers, ses données et sa vie privée sur internet », a-t-il précisé.
Le panorama des risques s’élargit, escroquerie numérique, diffamation, atteinte à la dignité, piratage. Face à ces défis, la DGSN affiche sa volonté de répondre dans l’espace virtuel avec la même fermeté que dans le monde réel, tout en défendant la souveraineté numérique de l’État.
La DGSN, institution pionnière de la conformité
La police a été l’une des premières institutions nationales à se mettre en conformité avec la loi 25/11. Cette démarche s’est concrétisée par deux mesures majeures : la désignation d’un délégué à la protection des données, chargé de veiller au respect des règles, et la création par décret présidentiel d’un service central de gouvernance des systèmes d’information. Ce dernier assure le rôle de garant en matière de conformité et de sécurité juridique des actions menées par l’institution.
Par ailleurs, un service central de gouvernance des systèmes d’information a été créé par décret présidentiel. « Ce service est un outil garant qui veille à la conformité des actions policières pour assurer la sécurité juridique et la souveraineté numérique de l’État », a-t-il précisé.
Le défi central pour les enquêteurs consiste à préserver un équilibre délicat entre plusieurs impératifs. Il leur faut à la fois mener une lutte efficace contre la criminalité, respecter le secret de l’instruction, et garantir la protection des droits des personnes ainsi que celle de leurs données personnelles. Ce professionnalisme exige un encadrement juridique strict et une investigation numérique rigoureusement encadrée.
Des recommandations opérationnelles pour l’avenir
Le DGSN préconise trois axes d’action pour moderniser son dispositif. En premier lieu, il s’agit de définir des critères clairs encadrant l’investigation numérique et le traitement des preuves électroniques, afin que chaque opération respecte un cadre juridique précis. En deuxième lieu, la sécurisation des interconnexions entre les différents systèmes d’information constitue une priorité, de manière à protéger les échanges de données contre toute intrusion ou fuite. En troisième lieu, et pour donner une assise commune à l’ensemble de ces démarches, l’élaboration d’un guide d’orientation unifié s’impose. Ce document fusionnera les volets administratif, sécuritaire et judiciaire, offrant ainsi aux agents un référentiel unique pour harmoniser leurs pratiques sur le terrain.
L’Algérie a créé en 2018 l’Autorité nationale de protection des données à caractère personnel (ANPDP), un organe indépendant chargé de veiller à l’application de la loi. L’École supérieure de police « Ali Tounsi », où s’est tenue la journée d’étude, est l’établissement de formation supérieure des cadres de la police nationale. L’Agence de la sécurité des systèmes d’information (ASSI), rattachée au ministère de la Défense nationale, est l’opérateur de référence en matière de cybersécurité en Algérie. La création d’un guide d’orientation unifié répond à un besoin partagé par de nombreuses polices dans le monde à savoir harmoniser les pratiques d’investigation numérique tout en respectant strictement les droits fondamentaux, un équilibre souvent qualifié de « défi permanent » des démocraties à l’ère numérique.
Enfin, La police algérienne entend transformer la contrainte juridique de la protection des données en opportunité stratégique, en modernisant ses méthodes tout en préservant l’équilibre entre sécurité et libertés.
A Savoir
Lexique et explications
Cybersécurité : Ensemble des mesures techniques, organisationnelles et juridiques visant à protéger les systèmes informatiques, les réseaux et les données contre les attaques, les intrusions ou les détournements.
Données à caractère personnel : Toute information se rapportant à une personne physique identifiée ou identifiable (nom, prénom, numéro d’identification, données de localisation, identifiant en ligne, etc.).
Transformation numérique : Processus d’intégration des technologies numériques au sein des organisations et de la société, modifiant en profondeur les modes de fonctionnement, de communication et de prestation de services.
Loi nº 18-07 : Premier texte algérien relatif à la protection des données à caractère personnel, promulgué en 2018. Elle définit les droits des personnes concernées, les obligations des responsables de traitement et les missions de l’autorité de contrôle.
Loi nº 25-11 : Texte complémentaire de 2025 qui renforce le cadre de protection des données, précise les sanctions en cas de non-respect et adapte la législation aux évolutions technologiques.
Doctrine sécuritaire : Ensemble des principes directeurs, stratégies et méthodes d’action adoptés par les forces de l’ordre pour assurer la sécurité intérieure et guider leurs interventions.
Identité numérique : Ensemble des traces, informations et comptes permettant d’identifier une personne sur internet et dans les environnements numériques.
Cybercriminalité : Ensemble des infractions commises par le biais des systèmes informatiques ou des réseaux, incluant l’escroquerie en ligne, le piratage, la diffamation numérique et le détournement de données.
Souveraineté numérique : Capacité d’un État à contrôler ses infrastructures critiques, protéger ses données stratégiques et légiférer sur son territoire numérique sans dépendance étrangère.
Délégué à la protection des données (DPD) : Personne désignée au sein d’une organisation pour superviser la conformité avec la législation sur les données personnelles, conseiller les services et coopérer avec l’autorité de contrôle.
Gouvernance des systèmes d’information : Ensemble des règles, processus et structures permettant de piloter, contrôler et sécuriser les ressources informatiques d’une organisation.
Secret de l’instruction : Règle de procédure pénale interdisant la divulgation publique des éléments d’une enquête en cours, afin de préserver l’efficacité de l’enquête et la présomption d’innocence.
Investigation numérique (forensique) : Techniques permettant d’identifier, collecter, analyser et présenter des preuves issues de supports numériques dans le respect de la chaîne de conservation et des règles de procédure.
Responsabilité du traitement : Qualité de la personne physique ou morale qui détermine les finalités et les moyens d’un traitement de données à caractère personnel et en assume la conformité légale.
Sensibilité des données : Niveau de risque que représente la divulgation d’une donnée. Les données sensibles (vie privée, santé, opinions, origines, etc.) bénéficient d’un régime de protection renforcé.
Interconnexion : Mise en relation de différents systèmes d’information ou réseaux informatiques pour permettre l’échange de données. Sa sécurisation est essentielle pour éviter les failles et les accès non autorisés.

