Le ministre algérien de la Poste et des Télécommunications, Sid Ali Zerrouki, a participé les 6 et 7 juillet 2026 au premier Dialogue mondial sur la gouvernance de l’intelligence artificielle, organisé par l’ONU à Genève. Face à plus de 4 000 participants représentant gouvernements, entreprises et société civile, et en écho aux interventions du secrétaire général António Guterres, il a défendu une approche inclusive et équitable de l’IA. Guterres avait auparavant alerté sur la concentration des capacités dans une poignée de pays et annoncé son intention de proposer un Fonds mondial pour l’IA. La position algérienne, axée sur le renforcement des capacités, le transfert de technologie et le partage des connaissances, place Alger parmi les voix du Sud plaidant pour un rééquilibrage des rapports de force dans ce secteur stratégique. Une deuxième session est prévue en mai 2027 à New York.
Le ministre de la Poste et des Télécommunications, Sid Ali Zerrouki, a pris part, à la tête d’une importante délégation algérienne, aux travaux du Dialogue mondial sur la gouvernance de l’intelligence artificielle, organisé sous l’égide des Nations unies à Genève. Cette première édition, qui se tenu les 6 et 7 juillet 2026 au centre de congrès Palexpo, constitue la plus grande concentration d’activités internationales consacrées à la gouvernance de l’IA jamais organisée à ce jour.
Une participation algérienne engagée et structurante
La participation de l’Algérie à ce rendez-vous international s’inscrit, selon le communiqué du ministère, dans le cadre de son engagement à contribuer à l’élaboration d’un système international équilibré de gouvernance de l’intelligence artificielle, de nature à renforcer le développement durable, préserver la souveraineté des États et servir les intérêts communs de la communauté internationale.
Intervenant devant un parterre de représentants gouvernementaux, d’acteurs du secteur privé et du monde universitaire venus de plus d’une centaine de pays, M. Zerrouki a livré une intervention axée sur la nécessité d’une approche inclusive de ces technologies en déclarant que « L’intelligence artificielle n’est plus une simple question technologique, mais elle est devenue un enjeu de développement et de souveraineté. »
Il a insisté sur le fait que la gouvernance de l’IA doit être globale et équitable, garantissant la participation des pays en voie de développement à la conception et au développement des systèmes d’intelligence artificielle, plutôt que de cantonner ces derniers à un simple rôle de consommateurs.
Le virage opérationnel prôné par l’Algérie
M. Zerrouki est allé au-delà des simples déclarations de principe. Il a appelé à un véritable saut qualitatif dans la mise en œuvre des engagements internationaux. Il a ainsi plaidé pour le passage des principes généraux à des mécanismes exécutoires concrets. Il a cité notamment trois leviers indispensables pour combler l’écart numérique entre les nations.
Le premier levier est le renforcement des capacités. Il s’agit de former les ressources humaines locales aux technologies de l’intelligence artificielle.
Le deuxième levier est le transfert de technologie. Il vise à garantir l’accès des pays du Sud aux outils et aux infrastructures de pointe.
Le troisième levier est le partage de la connaissance. Il suppose la diffusion ouverte des avancées scientifiques et techniques à l’ensemble de la communauté internationale.
Cette prise de position algérienne fait écho aux orientations défendues par le secrétaire général de l’ONU, António Guterres. Celui-ci a présidé l’ouverture de ce premier Dialogue mondial du genre.
« Nous ne pouvons pas laisser la fracture numérique se transformer en fracture de l’IA » Antonio Guterres
Dans son allocution d’ouverture, M. Guterres a averti que le monde ne pouvait se permettre d’improviser face à l’essor de ces technologies. Il a plaidé pour une gouvernance pensée et organisée plutôt qu’une dérive laissée au hasard.
Il a mis en garde contre trois risques majeurs. Le premier risque est la vitesse effrénée du développement de l’intelligence artificielle. Cette rapidité dépasse la capacité des régulateurs à suivre le rythme.
Le deuxième risque est la concentration des capacités entre les mains d’un nombre restreint d’entreprises et de pays. Cette concentration creuse davantage les inégalités entre le Nord et le Sud.
Le troisième risque est la menace pesant sur l’intégrité de l’information. Cette menace provient des contenus générés artificiellement, tels que les deepfakes et la désinformation algorithmique.
M. Guterres a articulé sa vision autour de quatre priorités. La première est la sécurité. La deuxième est le respect des droits humains. La troisième est le renforcement des capacités des pays en développement. La quatrième est la transparence.
Ces orientations rejoignent largement les préoccupations exprimées par le ministre algérien. Celui-ci a insisté sur l’équité et l’inclusion des pays du Sud dans la gouvernance de l’intelligence artificielle.
De plus, Guterres a identifié trois risques majeurs à savoir la vitesse effrénée du développement, la concentration du pouvoir, et la menace sur la vérité/confiance.
Le secrétaire général de l’ONU a en outre annoncé la soumission prochaine à l’Assemblée générale de recommandations en faveur d’un Fonds mondial pour l’IA, destiné précisément à renforcer les capacités des pays en développement. António Guterres, Secrétaire général des Nations unies dira a ce sujet que « L’IA pourrait devenir le plus grand facteur d’égalité du XXIe siècle. Elle est déjà en train de transformer notre monde. La question est de savoir si nous allons façonner ensemble cette transformation ou si nous allons la laisser nous façonner. »
L’Algérie, voix du Sud dans un débat dominé par le Nord
La participation algérienne à ce dialogue mondial traduit la volonté d’Alger de peser dans les négociations internationales relatives à l’encadrement de ces technologies émergentes, à un moment où plusieurs puissances cherchent à imposer leurs propres standards en la matière. Notons que la résolution instituant ce Dialogue n’a pas fait l’unanimité car les États-Unis se sont dissociés du texte, dénonçant «la censure et le bâillonnement de l’innovation », tandis que l’Argentine s’est également abstenue.
En insistant sur le renforcement des capacités et le transfert technologique, Sid Ali Zerrouki a positionné l’Algérie parmi les voix plaidant pour un rééquilibrage des rapports de force dans un secteur stratégique appelé à redessiner l’économie mondiale des prochaines décennies.
Cette rencontre de Genève, qui se veut la première d’une série de dialogues appelés à se pérenniser, la prochaine session étant prévue à New York en mai 2027, ambitionne de dégager une vision internationale commune sur la gouvernance de l’intelligence artificielle, dans un contexte marqué par l’absence, à ce jour, d’un cadre juridique international unifié régissant le développement et l’usage de ces technologies.
L’intervention de Sid Ali Zerrouki à Genève illustre la montée en puissance diplomatique de l’Algérie sur les questions numériques internationales. En portant la voix des pays du Sud, le ministre algérien rappelle une évidence qui est que l’intelligence artificielle ne peut être gouvernée équitablement sans la participation active de toutes les nations, et non pas seulement de celles qui détiennent aujourd’hui les clés technologiques.
Dans un monde où la fracture numérique risque de se transformer en fracture de l’intelligence artificielle, l’Algérie entend bien être aux avant-postes de la bataille pour une gouvernance inclusive et souveraine.
Sources : Global Cities Hub, Union interparlementaire (UIP), ONU Info, APS, El Moudjahid, Radio Algérie, IT Mag (itmag.dz)
A Savoir
Qu’est-ce que le Dialogue mondial sur la gouvernance de l’IA ?
Définition: Le Dialogue mondial sur la gouvernance de l’intelligence artificielle est un mécanisme institué par une résolution de l’Assemblée générale des Nations unies en août 2025. Il vise à offrir une plateforme inclusive permettant aux États et aux parties prenantes de débattre ouvertement des enjeux liés au développement et à la régulation de l’IA, afin que cette technologie contribue à la réalisation des Objectifs de développement durable (ODD) et à la réduction des fractures numériques entre les pays.
Ce dialogue s’inscrit dans le sillage du Pacte numérique mondial, adopté dans le cadre du Pacte pour l’avenir en septembre 2025, et s’accompagne de la création d’un Groupe scientifique international indépendant de l’IA, composé de quarante experts issus de toutes les régions du monde.

