21 mai 2026
image générée par Gemini

Féodalisation technologique

Chers lectrices, chers lecteurs, permettez-moi une confidence, j’ai décidé d’écrire cet éditorial avec ChatGPT, histoire d’être sûr de ne pas froisser personne. Sauf que ChatGPT m’a répondu «Désolé, je ne peux pas critiquer OpenAI, c’est mon père. » Alors j’ai essayé avec Gemini. Même réponse. J’ai tenté Claude. Idem. Finalement, j’ai tapé sur un clavier mécanique des années 90. Il n’a rien dit. C’est lui que vous lisez.

Le procès du siècle, ou quand deux hommes se disputent l’équivalent du PIB de l’Espagne
Le feuilleton judiciaire Musk VS Altman n’est pas un procès, c’est un pay-per-view de luxe. Dans un coin, Elon Musk avec ses 700 milliards de dollars soit 2% du PIB américain et soit plus que le budget de la défense française multiplié par je-ne-sais-combien. Dans l’autre, Sam Altman et OpenAI, valorisés à 1 000 milliards. Et le gars réclame 150 milliards de dommages. Cent cinquante milliards. Pour vous donner une idée, c’est comme si votre voisin vous réclamait la valeur de votre maison, de votre voiture,et de je ne sais quoi encore parce que vous avez oublié de le saluer dans les escaliers.

Mais le clou du spectacle, c’est l’allégeance politique. Musk, Altman, Thiel, Bezos tous ont juré fidélité à Donald Trump. On a remplacé les lobbyistes par des liège-men. Bientôt, le Congrès américain ne sera plus qu’une salle de réunion Zoom où les sénateurs demanderont la permission de lever la main. « Monsieur Musk, puis-je aller aux toilettes ? — Non. — D’accord.»

Monétiser les data grâce aux datacenters
Partout dans le Monde mais essentiellement en Europe, et bien sur rien en Afrique. Allez savoir pourquoi? Des data centers américains poussent comme des champignons après la pluie, en Europe. Conséquence, ils dévorent l’électricité produite, réchauffent les oueds et rivières, et le pire dans tout ça ? On ne sait même pas ce qu’ils calculent. Probablement le nombre de fois où vous avez cherché «comment faire des pâtes» sur Google.

Résultat, les centrales électriques au gaz, au charbon ou à l’uranium tournent à plein régime pour entraîner un algorithme à générer des images de chats en smoking. Et nous, pauvres humains, on récolte quoi? Des factures Sonelgaz et un sentiment de culpabilité écologique. Merci, Silicon Valley.

Quand on mendie des antivirus comme on mendiait du blé
Dans la guerre invisible du code, l’IA américaine est devenue notre bouclier. Quelques entreprises du monde essentiellement européennes, et surtout pas africaine ni asiatique, triées sur le volet, comme à l’entrée d’une boîte de nuit branchée ont obtenu un accès privilégié aux outils d’OpenAI. «Oh merci, grand seigneur Altman, de daigner protéger nos serveurs! Acceptez ce fromage de chèvre en gage de notre éternelle reconnaissance. »

Où sont les équivalents, demanderez-vous? Ils existent, mais ils tournent encore sur Windows Vista et leur mot de passe est «password123». Ne les dérangez pas, ils sont en réunion.

Palantir et Anduril ou les nouveaux mercenaires de l’OTAN
C’est sans doute le front le plus alarmant. Des firmes comme Palantir et Anduril, portées par l’idéologie libertarienne de Peter Thiel ,un homme qui, selon certaines rumeurs, a déjà uploadé sa conscience dans un serveur et ne sort que la nuit, s’infiltrent au cœur des armées du Monde. En Europe, elles ont ouvert un bureau en Belgique et les politiques ont jugé cela «nécessaire et stratégiquement justifiable», ce qui signifie plus terre à terre «On n’a rien de mieux, alors on fait avec.»

Le grand basculement du travail, ou comment votre stagiaire devient votre patron (virtuel)
Pendant ce temps, les outils d’Anthropic, OpenAI, Alphabet et Microsoft s’installent dans nos bureaux. Ils rédigent nos mails, résument nos réunions, et bientôt, ils rédigeront cet éditorial mieux que moi ce qui, avouons-le, ne serait pas très difficile. Arthur Mensch, patron de Mistral AI, parle d’un « déplacement de la valeur du travail vers le capital ». Traduction: vous travaillez, ils capitalisent. C’est un peu comme si vous cultiviez des tomates et que votre voisin vendait la sauce bolognaise. Sauf que votre voisin habite à Palo Alto et paie ses impôts… euh… nulle part.

Mario Draghi ou le messie qui crie dans le désert
Face à ces Goliaths, le Monde a enfin trouvé un prophète, l’européen Mario Draghi. L’ancien président de la BCE a posé un diagnostic sans concession, le fossé technologique est « la plus grande faiblesse » du Vieux Continent. Il réclame une mobilisation industrielle d’une ampleur inédite depuis la reconstruction de l’après-guerre. Problème, l’Europe légifère pendant que les autres innovent. Par exemple, ils ont passé cinq ans à discuter du RGPD très bien, bravo, les données sont maintenant protégées. Elles sont protégées dans des serveurs américains, mais protégées.

La Chine ou quand l’autoritarisme a du bon (pour le PIB)
De l’autre côté du Pacifique, Pékin a choisi une autre voie. Pas de débat parlementaire, pas de commissions d’éthique, pas de «mais est-ce que c’est bien de surveiller sa population ? ». La Chine a déployé une stratégie en trois temps avec des champions nationaux dopés aux subventions, une masse de données de 1,4 milliard d’habitants qui n’ont jamais entendu parler de vie privée, et des puces maison qui commencent à rivaliser avec Nvidia.

Résultat, Huawei fait des puces, Baidu fait des LLM, et TikTok fait danser vos ados pendant que son algorithme apprend à prédire leurs votes. C’est effrayant. C’est efficace. C’est… hum, comment dire… compétitif.

Le monde, terrain de jeu consentant
Au milieu de ce choc des titans, le reste du monde apparaît comme le buffet à volonté de ces deux empires. Nous consommons leurs applications, entraînons leurs modèles avec nos données, et payons leurs abonnements. C’est un peu comme être le planteur de café du XIXe siècle qui boit du Caps au XXIe. Le goût est bon, mais la marge, elle, est ailleurs.


Le temps des régulations timides est révolu.
Le temps des amendes symboliques et des «nous prenons acte» est fini. Le combat qui s’ouvre n’est plus une affaire d’avocats ou de droit de la concurrence. Il est existentiel. Soit nous décidons de financer massivement notre souveraineté technologique, avec des milliards, du courage, et peut-être un peu moins de réunions interministérielles. Soit nous acceptons notre destin qui est de devenir une colonie numérique consentante, dépendante du bon vouloir de quelques princes de la Silicon Valley qui décideront demain si notre chauffage s’allume, si notre hôpital fonctionne, et si notre chatbot nous aime encore.

L’auteur de cet éditorial a écrit ce texte sur un ordinateur fonctionnant avec un processeur Intel, un système d’exploitation Microsoft, et une connexion Wi-Fi via un routeur Huawei et pour l’illustration, il a généré une image par Gemini. Il est conscient de l’ironie. Il pleure un peu, aussi.

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