Mettre des chiffres sur des heures perdues au volant, c’est le pari de DZtraffic, un outil open source développé à l’ESTIN de Béjaïa. En analysant le trafic de 27 agglomérations grâce aux données Google Maps, cette initiative 100% algérienne offre enfin un état des lieux précis de la congestion routière et donne aux urbanistes de quoi cesser d’improviser.

Trois heures pour faire 34 kilomètres dans Alger. Tous les automobilistes connaissent cette galère, mais personne n’avait pris la peine de la quantifier. DZtraffic vient combler ce vide. Conçue à l’ESTIN de Béjaïa par Rehail Taki Eddine (encadré par le Pr Faïçal Azouaou), cette plateforme ouverte mesure la congestion routière dans 27 agglomérations algériennes.
Pas besoin de capteurs coûteux sur les routes. L’outil s’appuie sur une idée simple, capturer les cartes Google Maps toutes les deux heures. Il analyse ensuite la couleur des tronçons, jaune, rouge, rouge foncé, pour calculer la charge réelle du trafic. La méthode compare le niveau de bouchons au «calme» habituel de chaque zone, sur une échelle de 0 à 100. Résultats ? Moins de 7% de ralentissements et le trafic est fluide; au-delà de 14 %, c’est la crise.
Évidemment, le système a ses failles. Les auteurs les admettent d’ailleurs d’emblée. L’outil passe à côté des petites ruelles et dépend entièrement des données Google. C’est imparfait, mais transparent.

L’initiative a vite fait réagir
L’architecte et urbaniste Nacym Baghli (PARAD Ultimate, projet Algiers20xx) s’en réjouit. Pour lui, la circulation à Alger n’est plus un simple sujet de tuyauterie routière, c’est un problème de santé publique et d’économie. «Mesurer n’est pas encore résoudre, mais c’est une condition indispensable pour cesser d’improviser», tranche-t-il. Il appelle déjà l’EPAU à faire alliance avec l’ESTIN pour transformer ces chiffres en vraies décisions d’aménagement.
Les embouteillages ont un coût, temps perdu, carburant, pollution, stress ecrit-il. Planifier les transports ou évaluer l’effet d’un tramway, d’une rocade ou d’une nouvelle signalisation exige des données. Avec ce travail académique, les chercheurs disposent d’un jeu de données exploitable, tandis que les journalistes et les citoyens peuvent suivre l’évolution de leur ville.
Car au-delà de l’exploit académique, ces données gratuites changent la donne. Livreurs, chercheurs, collectivités ou simples banlieusards coincés au volant. Tout le monde y gagne à savoir enfin où et quand la route coince.
C’est aussi une belle illustration de ce que les écoles d’ingénieurs algériennes peuvent produire un produit complet, de la capture des données à la publication des rapports par ville car écrit Nacym Baghli » c’est aussi de cette rencontre entre ingénierie, numérique, architecture et urbanisme que pourront émerger les villes algériennes de demain«
À retenir
DZtraffic n’est pas un outil de navigation en temps réel, mais un observatoire de la congestion algérienne. Le vrai défi commence maintenant : transformer cette mesure en décisions. Les classements, les rapports par ville et les données sont consultables sur dz-traffic.estin.dz.

