28 septembre 2026

Intelligence artificielle et géopolitique de la tech <BR> Quand Washington et Pékin courent ensemble en cachant leur rivalité

C’était la première visite de Xi Jinping à Washington depuis plus de dix ans et son tout deuxième voyage diplomatique aux États-Unis. Du 23 au 25 septembre, le président chinois a été accueilli en grande pompe dès sa descente d’avion par son homologue américain. Si ce sommet bilatéral s’est révélé riche en symboles, il n’a toutefois débouché sur aucun accord concret concernant les enjeux cruciaux de l’intelligence artificielle, malgré l’émergence de timides convergences.

C’est un paradoxe géopolitique saisissant. Alors que les craintes se multiplient face à une technologie jugée parfois incontrôlable, les dirigeants chinois et américain ont choisi de maintenir le cap de l’innovation à marche forcée. Lors d’une récente visite d’État à Washington, Xi Jinping et Donald Trump ont esquissé les contours d’une coopération prudente sur la «super-intelligence», évoquant de futures discussions au sommet de l’Apec à Shenzhen pour prévenir les risques majeurs liés à la sécurité nationale.

Derrière ce choix de vocabulaire se dessine une stratégie politique assumée. Pour l’administration américaine, ce terme renvoie à une ambition de puissance absolue où les États-Unis doivent remporter la course mondiale sans entraves réglementaires excessives (« Whoever wins super intelligence wins »). En adoptant ce vocable, Donald Trump cherche ainsi à s’affranchir des discours sur les risques existentiels ou les scénarios apocalyptiques liés à une IA incontrôlée, qu’il assimile à des freins inutiles à la croissance économique.

Derrière cette façade diplomatique se cache pourtant une rivalité frontale. Les deux superpuissances dominent outrageusement le secteur, mais leurs intérêts divergent profondément. Washington cherche à contenir l’essor de Pékin en restreignant l’accès aux semi-conducteurs avancés, tandis que la Chine dénonce des mesures dignes d’une guerre froide. Pour satisfaire leurs besoins industriels respectifs, les États-Unis lorgnent sur les minerais et aimants chinois, alors que l’Empire du Milieu réclame des puces électroniques américaines.

Face aux barrières imposées par l’administration américaine, notamment sur les puces Nvidia, Pékin a pivoté vers une stratégie d’autonomie. La Chine mise massivement sur des modèles d’intelligence artificielle dits «open source», des logiciels dont le code source est ouvert et partageable, promus notamment lors du sommet des Brics. Cette approche collaborative avec les pays en développement vise à stimuler la demande intérieure et à réduire sa dépendance technologique vis-à-vis des États-Unis, à l’image de ce qui a été réalisé dans le secteur automobile.

Cette course technologique s’accompagne de visions radicalement opposées en matière de régulation. D’un côté, Washington évite d’alourdir le cadre juridique pour préserver la compétitivité de ses entreprises et ne pas perdre son avance. De l’autre, la Chine érige l’encadrement en priorité absolue. Son quinzième plan quinquennal (2026-2030) intègre des garde-fous stricts comme le contrôle des deepfakes, le signalement obligatoire des contenus générés par algorithmes et la surveillance des compagnons virtuels affectifs.

Pour les analystes, cet interventionnisme réglementaire répond toutefois à un double objectif. S’il permet à Pékin de se positionner en pionnier de l’éthique numérique, il sert surtout les impératifs de stabilité politique et de contrôle des données personnelles voulus par le régime.

Définition

Open source : Modèle de développement logiciel où le code source est mis à disposition de tous, permettant une collaboration scientifique internationale et une diffusion rapide des innovations.

Puces électroniques et semi-conducteurs : Composants électroniques indispensables au fonctionnement des systèmes informatiques modernes et des algorithmes d’intelligence artificielle.

Deepfakes : Contenus multimédias (vidéos ou audios) manipulés par intelligence artificielle pour faire dire ou faire faire à des personnes des choses qu’elles n’ont jamais dites ou faites.

Plan quinquennal : Outil de planification stratégique et économique de l’État chinois fixant les grandes orientations politiques et industrielles sur une période de cinq ans.

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