Au Forum mondial sur l’éthique de l’intelligence artificielle (GFEAI 2026) organisé par l’UNESCO et l’Arabie saoudite représentée par le SDAIA et l’ICAIRE, sous le thème « Transformer la coopération mondiale pour une gouvernance éthique de l’IA » à Riyad. Sid Ali Zerrouki, le ministre de la Poste et des Télécommunications, a mis en garde contre la concentration mondiale des capacités de développement et d’exploitation de l’IA. Pour Alger, l’enjeu dépasse désormais la seule régulation car il porte sur l’accès au calcul, aux données, à l’énergie, aux modèles et aux compétences.

La concentration des technologies d’intelligence artificielle entre les mains d’un petit nombre d’États et de firmes multinationales fait peser un risque structurel sur les pays en développement. C’est le constat dressé par l’Algérie lors de la 4e édition du Forum mondial de l’UNESCO sur l’éthique de l’IA à Riyad en Arabie Saoudite.
La bataille de l’intelligence artificielle (IA) ne se résume plus à une simple compétition d’algorithmes. Elle se joue désormais dans l’accès aux infrastructures lourdes, aux centres de données, à la puissance de calcul brute et aux ressources énergétiques.
Intervenant lors de la réunion ministérielle à huis clos de la 4e édition du Forum mondial sur l’éthique de l’IA, le ministre de la Poste et des Télécommunications, Sid Ali Zerrouki, a mis en garde contre une fracture technologique mondiale. Selon lui, la concentration des capacités de conception et d’exploitation de l’IA au profit d’un cercle restreint de pays et de géants industriels expose le reste du monde à une dépendance structurelle.
Au-delà de la régulation, la maîtrise des infrastructures
Pour l’exécutif algérien, la question ne peut se limiter à l’adoption de règles éthiques ou juridiques internationales. Un cadre normatif, aussi rigoureux soit-il, reste insuffisant si les États ne disposent pas des moyens techniques pour l’appliquer ou pour concevoir leurs propres outils.
Le défi pour les pays en développement englobe plusieurs dimensions critiques, parmi lesquelles l’accès à une puissance de calcul suffisante pour faire tourner des modèles complexes, ainsi que le développement d’infrastructures de données et de réseaux électriques adaptés aux besoins énergétiques considérables de l’IA. Il s’agit également d’assurer la formation de compétences spécialisées locales et de garantir l’accès aux modèles de base et aux sources de financement adéquates.
Dans cette perspective, la souveraineté numérique ne se traduit pas par un isolement ou un repli technologique, mais par la constitution d’un socle national minimal. Ce socle doit permettre à un pays de comprendre, d’évaluer, de gouverner et de développer progressivement les systèmes qui s’intègrent au cœur des administrations, des économies et des sociétés.
Repenser la coopération internationale et la gouvernance
Face à ces déséquilibres, l’Algérie plaide pour un changement de paradigme dans la coopération internationale. Il s’agit de dépasser la simple logique de transfert de connaissances ou de formation ponctuelle pour aller vers un renforcement effectif des capacités technologiques locales.
Le ministre a ainsi interpellé l’UNESCO afin qu’elle définisse un cadre opérationnel établissant un seuil minimal de compétences techniques et de gouvernance pour chaque État membre. L’objectif affiché est de garantir qu’une IA éthique repose sur une participation équitable de l’ensemble de la communauté internationale à sa conception.
Pour concrétiser cette vision, l’Algérie a proposé la création d’une Agence internationale dédiée à la gouvernance de l’intelligence artificielle. Conçue à travers une large concertation, cette structure viserait à coordonner les efforts mondiaux, à garantir la complémentarité avec les mécanismes existants et à préserver l’innovation tout en évitant l’hégémonie de monopoles privés ou étatiques.
«Il ne saurait y avoir de règles mondiales pour l’intelligence artificielle sans une capacité mondiale d’agir», a résumé le représentant algérien, rappelant que la maîtrise des outils technologiques est devenue indissociable de la souveraineté des nations au XXIe siècle.
A Savoir
Ce qu’il s’est passé au Forum mondial de Riyad et les objectifs partagés
Le 4e Forum mondial de l’UNESCO sur l’éthique de l’IA, qui s’est tenu du 14 au 17 septembre 2026 à Riyad en partenariat avec la SDAIA et l’ICAIRE, a rassemblé des décideurs politiques, des experts et des acteurs de la société civile autour de plus de 30 sessions plénières et spécialisées.
Les faits marquants de l’événement : Les discussions ont mis en relief les défis immenses posés par l’accélération des applications de l’IA dans l’économie, l’éducation, la santé et le marché du travail. Au-delà des principes éthiques théoriques, les débats ont acté la nécessité urgente de doter l’ensemble des pays d’une gouvernance pratique et inclusive pour éviter un décrochage technologique mondial.
Les consensus et aspirations communes (Ce que les pays veulent) :
- Un développement sûr et responsable : Aligner systématiquement l’essor de l’intelligence artificielle avec le respect des droits humains, de la transparence et de l’intérêt général.
- Une coopération multilatérale renforcée : Éviter l’éclatement des normes à travers une action coordonnée sous l’égide d’organisations internationales comme l’UNESCO.
- L’équité d’accès : Permettre à toutes les nations de ne pas être de simples consommatrices de technologies exogènes, mais des actrices en mesure de participer activement et équitablement à la conception de l’IA de demain.
Définitions
Souveraineté numérique : Capacité pour un État à maîtriser et à sécuriser ses infrastructures informatiques, ses données, ses réseaux de communication et ses choix technologiques essentiels, sans dépendre de manière critique d’acteurs extérieurs.
Puissance de calcul (Compute) : Capacité matérielle, mesurée à travers des processeurs spécialisés (comme les GPU), indispensable pour entraîner et faire fonctionner des modèles d’intelligence artificielle de grande envergure.
Dépendance structurelle : Situation dans laquelle un pays ou une organisation se trouve dans l’incapacité de fonctionner, de s’innover ou de réguler son économie sans l’apport technologique ou décisionnel d’une puissance externe.
Forum mondial sur l’éthique de l’IA : Événement international de référence, placé sous l’égide de l’UNESCO, visant à encadrer le développement de l’intelligence artificielle pour qu’il respecte les droits humains et serve l’intérêt général.
À propos de l’événement
Le 4e Forum mondial sur l’éthique de l’intelligence artificielle se tiendra du 14 au 17 septembre 2026 à Riyad, en Arabie saoudite, co-organisé par l’UNESCO et le Royaume d’Arabie saoudite représenté par l’Autorité saoudienne des données et de l’IA (SDAIA) et le Centre international de recherche et d’éthique de l’IA (ICAIRE), sous le thème « Transformer la coopération mondiale pour une gouvernance éthique de l’IA ».
Le Forum sert de plateforme de réflexion de haut niveau, d’échange de pratiques concrètes, de progrès scientifiques et de dialogue multilatéral, axé sur la traduction des principes éthiques en cadres de gouvernance pratiques.
Il se tient parallèlement au Sommet mondial sur l’IA 2026 dans le cadre de la Semaine mondiale de l’IA en Arabie saoudite, coïncidant avec la désignation par l’Arabie saoudite de 2026 comme Année de l’intelligence artificielle.

