Trente encadreurs de maisons de jeunes, issus de neuf wilayas d’Algérie, ont achevé à Alger une semaine de formation intensive en intelligence artificielle et en sciences STEM. Organisée par l’ambassade des États-Unis en partenariat avec le ministère de la Jeunesse, cette initiative vise à transformer ces éducateurs en relais de compétences capables de transmettre ces savoirs de pointe aux jeunes à travers le territoire national.
La cérémonie de clôture a réuni le chargé d’affaires par intérim des États-Unis, Ryan Palsrok, et la professeure Ansaf Salleb-Aouïssi, enseignante senior en informatique à l’Université Columbia et experte en apprentissage automatique. Leur présence illustre l’ambition de ce programme pour offrir une expertise de haut niveau à des acteurs de terrain, loin de la seule capitale. Des régions côtières aux hauts plateaux et au Sud algérien, la diversité géographique des participants témoigne d’une volonté d’équité territoriale dans l’accès aux technologies du futur.
Pendant cinq jours, éducateurs, entrepreneurs et spécialistes ont exploré les fondamentaux de l’IA, réseaux de neurones, traitement du langage naturel, vision par ordinateur, tout en débattant de ses enjeux éthiques et sociétaux. Protection des données, impact de l’automatisation sur l’emploi, responsabilité algorithmique car les échanges ont dépassé le seul cadre technique pour aborder les défis que posent ces technologies en pleine expansion.
Ce dispositif s’appuie sur un modèle «en cascade» c’est à dire les experts internationaux forment des animateurs, qui à leur tour instruiront les adolescents et jeunes adultes fréquentant les maisons de jeunes. Cette approche, particulièrement efficace dans les pays en développement, maximise l’impact pédagogique et permet de démultiplier les compétences sans mobiliser indéfiniment des ressources extérieures.
L’initiative s’inscrit dans la longue tradition de coopération scientifique entre Alger et Washington, portée notamment par les American Spaces et l’ONG World Learning. Elle s’aligne également sur les objectifs du plan national pour l’économie numérique, qui prévoit la formation de 100 000 jeunes aux métiers du numérique d’ici 2027. À l’heure où les filières STEM constituent les piliers de la compétitivité mondiale, l’Algérie cherche ainsi à réduire les inégalités sociales et territoriales par l’enseignement précoce de ces disciplines.
Pour pérenniser ces acquis, un réseau d’anciens participants a été créé et une plateforme en ligne mise à disposition afin de partager ressources pédagogiques et retours d’expérience. L’ambassade des États-Unis a par ailleurs annoncé son intention de poursuivre cette coopération, avec l’éventualité de nouveaux programmes portant sur la cybersécurité et l’intelligence artificielle responsable. Une semaine de formation s’achève, mais les répercussions sur le paysage technologique algérien ne font que commencer.
A Savoir
Définitions
STEM : Acronyme anglais pour Science, Technology, Engineering and Mathematics (sciences, technologies, ingénierie et mathématiques). Ce terme désigne un ensemble de disciplines dont l’enseignement est souvent intégré dans des approches pédagogiques transversales, visant à développer l’esprit critique, la résolution de problèmes et la créativité, des compétences clés pour les métiers du XXIe siècle.
Intelligence artificielle (IA) : Discipline scientifique et technologique qui vise à créer des machines capables de simuler des fonctions cognitives humaines telles que la perception, le raisonnement, l’apprentissage ou la prise de décision. Elle se décline en plusieurs sous-domaines, dont l’apprentissage automatique (machine learning) et l’apprentissage profond (deep learning), utilisés notamment pour la reconnaissance vocale, la traduction automatique ou les voitures autonomes.
Formation des formateurs (ou « en cascade ») : Méthode pédagogique qui consiste à former un groupe restreint d’animateurs ou d’enseignants, qui seront ensuite chargés de transmettre les mêmes connaissances à un public plus large. Cette approche est particulièrement prisée dans les pays en développement ou les zones rurales, car elle permet de toucher un grand nombre de bénéficiaires avec des coûts réduits et un impact durable, tout en adaptant le contenu aux contextes locaux.
American Spaces : Réseau de centres culturels et d’information soutenus par le département d’État américain, présents dans plus de 140 pays. Ils proposent des ressources numériques (bases de données, cours en ligne, revues scientifiques), des ateliers, des conférences et des programmes d’échange, dans le but de favoriser la compréhension mutuelle et de promouvoir les valeurs de l’innovation, de l’entrepreneuriat et de la société ouverte.
World Learning : Organisation internationale à but non lucratif fondée en 1932, spécialisée dans l’éducation, le développement et les échanges interculturels. Elle œuvre dans les domaines de la gouvernance, de la santé, de l’éducation et de l’autonomisation des jeunes, en collaborant avec des gouvernements, des universités et des organisations de la société civile pour renforcer les capacités locales.
Maisons de jeunes : Équipements socioculturels publics présents dans la plupart des communes algériennes, qui proposent aux jeunes (de 12 à 25 ans environ) des activités éducatives, sportives, artistiques et citoyennes. Elles jouent un rôle clé dans la prévention, l’insertion sociale et l’orientation professionnelle, et constituent un maillon essentiel de la politique de jeunesse en Algérie.
Diplomatie publique : Ensemble des actions menées par un État pour influencer l’opinion publique étrangère, au-delà des canaux diplomatiques classiques. Elle passe par des échanges culturels, des programmes éducatifs, des conférences et des partenariats avec la société civile, dans le but de construire une image positive et de favoriser la coopération internationale à long terme.
Économie de la connaissance : Modèle économique dans lequel la production et l’utilisation de la connaissance (savoirs, informations, compétences) deviennent les principaux moteurs de la croissance et de la création d’emplois. Elle repose sur l’innovation, la recherche-développement, l’éducation et les technologies de l’information, et s’oppose aux économies traditionnellement fondées sur les ressources naturelles ou la main-d’œuvre peu qualifiée.
Ansaf Salleb-Aouïssi : En tant que conférencière senior au département informatique, elle enseigne avec passion l’IA et les mathématiques discrètes et mène des recherches passionnantes dans son laboratoire PRAISE (Practice and Research in AI for Science and Education). Ses intérêts de recherche se concentrent sur l’IA pour la médecine, la science et l’éducation. Elle a récemment fondé Aiphabet Inc., une organisation à but non lucratif pour diffuser une éducation gratuite et de qualité sur l’IA auprès des adolescents et des étudiants

