29 juin 2026

L’Algérie à Davos version chinoise <BR> Noureddine Ouadah présente l’expérience algérienne aux «Nouveaux Champions 2026»

Un rendez-vous mondial à ne pas manquer

Du 23 au 25 juin 2026, la ville portuaire de Dalian, dans le nord-est de la Chine, a accueilli la 17e édition de la réunion annuelle des « Nouveaux Champions » du Forum économique mondial, également surnommée le « Davos d’été ». Cette rencontre, qui a rassemblé plus de 1 700 participants venus de plus de 90 pays et régions, avait pour thème central la navigation dans les défis mondiaux tout en créant de nouvelles opportunités de croissance.

Parmi les personnalités présentes, on comptait des dirigeants politiques, des chefs d’entreprise, des investisseurs et des experts en innovation. Et au milieu de cette foule d’élites mondiales, Noureddine Ouadah, ministre algérien de l’Économie de la connaissance, des Start-up et des Micro-entreprises, est venu porter la voix de l’Algérie.

« Les emplois du prochain milliard » : quand le monde se demande comment employer tout ce monde

M. Ouadah a participé à une session de haut niveau intitulée «Les emplois du prochain milliard». Le titre n’est pas anodin car il fait référence à l’entrée massive de un à deux milliards de jeunes sur le marché mondial du travail au cours de la prochaine décennie. Selon les prévisions du Forum économique mondial, 92 millions d’emplois existants seront menacés d’ici 2030, tandis que 170 millions de nouveaux rôles devraient émerger, portés par les avancées technologiques, la transition écologique et les évolutions démographiques.

Le problème? Le nombre d’emplois disponibles ne suffira pas à absorber cette marée humaine. C’est un peu comme organiser une soirée où deux milliards de personnes sont invitées, mais il n’y a que quelques centaines de millions de chaises. Le défi est colossal.

Entre réalisations et ambitions

Face à ce constat mondial, M. Ouadah a donné un plaidoyer s’appuyant sur l’expérience algérienne. Il a mis en avant les réalisations accomplies en matière de soutien à l’entrepreneuriat, de promotion de l’innovation et d’accompagnement des start-up, ainsi que les efforts visant à permettre aux jeunes d’intégrer l’économie de la connaissance.

Les chiffres algériens, pour l’heure, sont à la fois encourageants et modestes. L’Algérie compte plus de 2 000 start-ups identifiées, avec une croissance annuelle d’environ 30% du nombre de start-ups labellisées depuis 2020. La capitale Alger reste le pôle principal, avec des émergences à Oran, Constantine et Annaba. Le pays dispose de plus de 130 incubateurs et a mis en place le Fonds Algérien des Start-up (ASF), avec plus de 100 millions de dinars déployés.

En 2026, une avancée notable a été franchie avec l’ouverture de la Bourse d’Alger aux start-up. Un dispositif spécifique prévoit une exonération totale des frais d’introduction en Bourse sur trois ans (2026-2028), permettant aux start-ups labellisées de lever jusqu’à 500 millions de dinars via le segment «Croissance». Après Moustachir, première start-up introduite en 2025, c’est au tour d’Ayrade, entreprise Techno et au moins cinq entreprises supplémentaires devraient suivre en 2026, notamment dans l’agriTech, la healthTech et l’intelligence artificielle.

L’intelligence artificielle ou la solution miracle qui n’en est pas une

Les participants à la session ont fait une découverte qui, pour le Forum économique mondial, relève de l’évidence car les techniques de l’intelligence artificielle, malgré leur importance, ne suffisent pas à elles seules à créer des emplois. Selon le Future of Jobs Report 2025, près de 40% des compétences requises sur le lieu de travail sont appelées à changer d’ici 2030, et 63% des employeurs citent déjà le déficit de compétences comme le principal obstacle à leur transformation

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Les esprits réunis à Dalian ont donc insisté sur le rôle pivot des entrepreneurs. Parce qu’entre un algorithme qui génère du texte et un jeune qui monte sa boîte, il y a une différence subtile où l’entrepreneur sait transformer une technologie en solution, une solution en produit, et un produit en… eh bien, en entreprise qui marche, si tout va bien.

Le nœud gordien de l’écosystème, le financement

Les débats ont aussi évoqué un problème qui ne date pas d’hier car le déficit de financement des micro-entreprises et des start-up. En Algérie, trouver un financement pour son projet, c’est un peu comme chercher une place de parking à Alger un jeudi soir. Théoriquement possible. Pratiquement, il faut beaucoup de patience, un peu de chance, et parfois des relations.

Les participants ont souligné la nécessité de simplifier les procédures administratives pour faciliter la création d’entreprises. Parce que rien ne dit «bienvenue dans l’entrepreneuriat» comme une pile de formulaires à tamponner dans cinq bureaux différents. En Algérie, créer une entreprise relève parfois du parcours du combattant. On vous demande des documents que vous ne saviez pas exister, des attestations délivrées par des services dont vous ignoriez l’existence, et au final, vous avez l’impression d’avoir passé un concours de résistance plutôt qu’une formalité administrative. Même si cela a tendance à régler plus facilement.

Les technologies modernes ou les bouleverseurs d’emplois, destructeurs de canapés

Les débats ont également porté sur l’impact des technologies modernes sur les emplois traditionnels et les systèmes de protection sociale. Traduction : les robots et les algorithmes vont piquer des boulots, et il va falloir trouver comment nourrir ceux qui resteront sur le carreau.

C’est le grand paradoxe de notre époque. On nous vend l’IA comme la solution à tous les problèmes, sauf que chaque solution créée en engendre trois autres. Le chauffeur de taxi remplacé par une voiture autonome ne va pas se reconvertir du jour au lendemain en ingénieur en machine learning. Sauf si on compte les cours en ligne comme formation professionnelle, auquel cas nous sommes tous des experts en quelque chose.

Ce que l’on retient de l’expérience algérienne à Dalian

Au final, le ministre Ouadah est allé en Chine, a parlé d’entrepreneuriat, d’innovation et de jeunesse autrement dit, l’expérience algérienne car présenter, c’est déjà faire. C’est un peu comme quand on présente un plat qu’on n’a pas encore goûté et ça a l’air bon, mais on ne sait pas vraiment. Reste à savoir si les jeunes Algériens, eux, ressentiront un jour les effets concrets de ce plaidoyer. Entre la théorie de Dalian et la pratique à Bab El Oued, il y a parfois un fossé que même l’intelligence artificielle n’a pas encore appris à combler.

En attendant, si vous êtes un jeune entrepreneur algérien, voici le résumé de la stratégie officielle à savoir créez une start-up, innovez, intégrez l’économie de la connaissance, et surtout, croisez les doigts. Le reste, c’est de l’expérience.

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