30 avril 2026

La 2ème édition de la CEO Survey en Algérie <BR> Un carrefour stratégique pour la souveraineté nationale

Cette édition 2026 intervient dans un contexte mondial particulièrement turbulent. Depuis la pandémie de COVID-19 (2020-2022), les économies mondiales ont subi une succession de chocs, crise énergétique déclenchée par la guerre en Ukraine (2022), inflation galopante, tensions géopolitiques croissantes entre les blocs américain et chinois …, qui ont brutalement rappelé aux nations la fragilité des chaînes d’approvisionnement qui sont des réseaux complexes de production, de transport et de distribution reliant les fournisseurs de matières premières aux consommateurs finaux, souvent déployés à l’échelle planétaire et mondialisées. L’Algérie, qui avait déjà fait de la réduction de la dépendance aux hydrocarbures car le pétrole et le gaz représentent encore environ 90 % de ses recettes d’exportation et 35 % de son PIB,  une priorité depuis les années 2000, a vu cette urgence se renforcer considérablement.

Un thème central, souveraineté et résilience

Sous le thème évocateur « Souveraineté et résilience : une nouvelle trajectoire économique pour l’Algérie », cette édition a rassemblé un aréopage de haut niveau à savoir ministres, directeurs d’organismes publics, dirigeants de grandes entreprises et experts internationaux.

L’objectif de cette rencontre était double. D’une part, il s’agissait d’analyser les mutations mondiales qui redessinent l’échiquier économique international. Parmi celles-ci figurent les crises énergétiques qui provoquent des hausses de prix brutales et des incertitudes sur la sécurité d’approvisionnement des États. On y compte également les évolutions technologiques, notamment l’émergence de l’intelligence artificielle générative depuis le lancement de ChatGPT en novembre 2022, la course aux semi-conducteurs, puces électroniques essentielles à tous les équipements numériques, dont la production est concentrée entre les mains de quelques acteurs asiatiques et américains, ainsi que la montée en puissance des énergies renouvelables, solaire, éolien, hydraulique, qui bouleversent les modèles énergétiques traditionnels.

D’autre part, les participants devaient identifier les leviers de transformation propres à l’Algérie pour garantir son indépendance économique, autrement dit sa capacité à subvenir à ses besoins essentiels et à piloter son développement sans dépendance excessive vis-à-vis de l’extérieur. Cette résilience s’impose face aux chocs extérieurs, ces événements survenant hors du territoire national mais affectant directement son économie comme l’embargo commercial, les sanctions internationales, la flambée des prix des matières premières ou des crises financières mondiales.

La rencontre a permis une lecture croisée inédite, c’est-à-dire une analyse comparative innovante juxtaposant deux échelles d’observation à savoir le local et le global pour en dégager des spécificités et des tendances communes. Cette approche a été rendue possible grâce à la présentation des résultats de l’enquête globale de PwC menée auprès de 4 500 dirigeants dans 105 pays, soit un échantillon représentatif couvrant plus de 60% du PIB mondial selon PWC. Une telle ampleur confère aux comparaisons effectuées une dimension statistiquement significative et crédible.

Cette mise en perspective permet de comprendre, par exemple, comment les chefs d’entreprise algériens perçoivent les risques climatiques par rapport à leurs homologues étrangers. Elle éclaire également leur perception des risques technologiques, qu’il s’agisse de l’obsolescence rapide qui est le vieillissement accéléré des technologies rendant les investissements obsolètes en quelques années, des cyberattaques ou agressions informatiques visant à paralyser ou espionner les systèmes d’information  et de la dépendance aux fournisseurs étrangers de technologies critiques qui est un enjeu majeur dans un contexte de fragmentation géopolitique croissante.

À titre d’illustration, selon l’enquête PwC Global CEO Survey 2025, 45 % des dirigeants mondiaux estiment que leur entreprise ne sera plus viable dans dix ans si elle ne se transforme pas radicalement, un chiffre en hausse de 10 points par rapport à 2024. En Algérie, où le tissu entrepreneurial reste dominé par les PME/PMI qui représentant plus de 95 % du tissu économique mais ne pesant que 25 % environ de la valeur ajoutée totale, cette urgence de transformation est encore plus prégnante.

Le numérique, moteur de la nouvelle économie

Un moment fort de cette édition fut l’intervention de Meriem Benmouloud, Haute-Commissaire à la Numérisation. Elle a exposé une vision claire à savoir la transformation numérique qui est un ensemble des changements induits par l’introduction des technologies de l’information et de la communication dans les processus organisationnels, économiques et sociaux, et qui n’est pas qu’une question d’outils informatiques comme les logiciels, matériels et réseaux utilisés pour traiter l’information mais c’est un enjeu de souveraineté nationale qui est défini par la capacité d’un État à maîtriser ses infrastructures critiques, ses données et ses décisions stratégiques sans dépendre de puissances étrangères.

Une infrastructure puissante

L’Algérie dispose désormais d’un réseau de télécoms de plus de 200 000 km de fibre optique couvrant près de 80 % de la population soit environ 36 millions d’Algériens sur les 45 millions que compte le pays selon les projections de l’ONS pour 2026. Cette densification du réseau, accélérée par la pandémie qui a imposé le télétravail et l’enseignement à distance, place l’Algérie au niveau des standards régionaux, bien qu’elle reste encore en retrait par rapport aux leaders mondiaux comme la Corée du Sud ou les Émirats arabes unis.

Une capacité de connexion accrue

La bande passante internationale a atteint 9,8 Tb/s (terabits par seconde). Ce débit est essentiel pour supporter l’augmentation massive des échanges de données notamment avec l’essor du cloud computing et du streaming qui est la diffusion continue de contenus audio ou vidéo sur internet.

Le stockage local (Data Centers)

La construction de centres de données de haut niveau (Tier III) (le Tier III garantit une disponibilité de 99,982 %, avec redondance de toutes les infrastructures et maintenance possible sans interruption de service) permet d’héberger les données sensibles de l’État sur le sol national, évitant ainsi la dépendance vis-à-vis de serveurs étrangers qui sont soumis aux lois de leur pays d’accueil, notamment le Cloud Act américain de 2018 qui autorise les autorités américaines à accéder aux données stockées par les entreprises américaines, même à l’étranger. Cette souveraineté numérique est devenue une préoccupation majeure depuis les révélations d’Edward Snowden en 2013 sur la surveillance massive de la NSA et les tensions géopolitiques récentes autour des infrastructures critiques.

Vers une administration connectée et sécurisée

Mme Benmouloud a précisé que le « Cloud souverain » de l’État est déjà une réalité opérationnelle. Il profite à plus de 15 secteurs ministériels soit près de la moitié des portefeuilles gouvernementaux, permettant de mutualiser les ressources comme partager les infrastructures, les logiciels et les compétences techniques entre plusieurs administrations, réduisant ainsi les coûts par effet d’échelle et évitant les redondances et de réduire les coûts.
De plus, un réseau souverain sécurisé relie désormais 80 entités publiques, créant un environnement étanche qui est un espace numérique isolé des réseaux publics, avec des protocoles de sécurité renforcés comme le chiffrement des données, l’authentification forte à plusieurs facteurs, sla urveillance continue par des centres de SOC — Security Operations Center) face aux cybermenaces, ransomwares, phishing, et attaques par déni de service visant à saturer les serveurs.

Cette dynamique prépare l’Algérie à la prochaine étape à savoir l’intégration de l’Intelligence Artificielle (IA). Pour la ministre, la donnée est le « pétrole du XXIe siècle » mais  elle doit être de qualité, protégée et bien gouvernée  pour devenir un véritable outil d’aide à la décision publique permettant aux décideurs politiques des analyses fondées sur des données factuelles, réduisant l’incertitude et permettant des choix plus éclairés.

Le capital humain, pilier de l’innovation

En conclusion des débats, les panélistes dont Tony Sze, PDG de Huawei Algérie ont rappelé que la technologie n’est rien sans l’humain. Cette affirmation renvoie à un principe fondamental de la gestion de l’innovation car les infrastructures, aussi sophistiquées soient-elles, ne produisent de valeur que si des individus compétents sont capables de les concevoir, de les piloter et de les faire évoluer.

La réussite de la stratégie à l’horizon 2030 repose sur la jeunesse algérienne (les moins de 35 ans représente plus de 70 % de la population) qui constitue un avantage économique potentiel lié à une forte proportion de population en âge de travailler par rapport aux personnes à charge. Les universités nationales forment aujourd’hui les talents capables de piloter ces infrastructures complexes. L’Algérie compte 106 universités et établissements d’enseignement supérieur pour une population estudiantine dépassant les 2 millions, avec des filières spécialisées en informatique, en réseaux et en cybersécurité qui se développent rapidement.

Cette montée en compétences garantit que l’Algérie ne soit pas seulement une consommatrice de technologies étrangères  mais un acteur capable de les maîtriser et de les adapter à ses besoins . C’est le modèle qui a permis à des pays comme la Corée du Sud qui est passé du statut de pays pauvre en 1960 à celui de leader technologique en trois décennies grâce à une politique volontariste d’éducation et de transfert de technologie ou à la Chine qui est devenu en vingt ans le premier fabricant mondial de téléphones et de drones par une stratégie de substitution aux importations suivie d’innovation domestique, de réaliser leur envol économique.

CEO Survey
Il s’agit d’une enquête annuelle menée par le cabinet PwC auprès des dirigeants d’entreprises (Chief Executive Officers) ; elle vise à mesurer leur niveau de confiance, leurs priorités stratégiques ainsi que leur perception des risques économiques à l’échelle mondiale.

Carrefour stratégique
Ce terme désigne un lieu ou un moment privilégié où convergent des acteurs clés afin de débattre, négocier et orienter des décisions d’importance majeure.

Secteur public / privé
Le secteur public regroupe les entités contrôlées par l’État, tandis que le secteur privé comprend les entreprises détenues par des particuliers ou des actionnaires non étatiques.

Aréopage
Ce mot désigne une assemblée de personnalités éminentes et influentes ; il tire son origine du tribunal suprême de l’Athènes antique.

Chaînes d’approvisionnement
Ce sont des réseaux de production, de transport et de distribution qui relient les fournisseurs de matières premières aux consommateurs finaux, souvent à l’échelle mondiale.

Réduction de la dépendance aux hydrocarbures
Cette expression désigne une stratégie visant à diversifier les sources de revenus d’un pays producteur de pétrole et de gaz, dans le but de limiter sa vulnérabilité aux fluctuations des cours internationaux.

Chocs extérieurs
Ce sont des événements économiques, politiques ou naturels qui surviennent hors du territoire national mais qui affectent néanmoins son économie, tels que des crises financières, des guerres ou des pandémies.

Lecture croisée
Cette expression désigne une analyse comparative qui juxtapose plusieurs échelles ou perspectives pour en dégager des tendances ou des spécificités.

Risques climatiques
Ce sont des menaces liées au changement climatique qui affectent les activités économiques, notamment les sécheresses, les inondations, la montée des eaux et la dégradation des sols.

PME/PMI
L’acronyme PME/PMI signifie Petites et Moyennes Entreprises et Petites et Moyennes Industries ; il désigne des entreprises de taille limitée, généralement comptant moins de 250 salariés, qui représentent l’essentiel du tissu entrepreneurial bien qu’elles ne constituent qu’une part modeste de la valeur ajoutée totale.

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