25 février 2026

« American AI Exports Program » <BR> Les États-Unis lancent leur offensive mondiale pour dominer l’intelligence artificielle

Washington entend exporter son intelligence artificielle aux quatre coins du globe. Michael Kratsios, envoyé spécial de Donald Trump, a dévoilé ce vendredi en Inde les grandes lignes de l’«American AI Exports Program», une initiative de la Maison Blanche créée en juillet 2025 qui marque un tournant dans la stratégie technologique américaine.

Un « package » technologique clé en main

Le programme repose sur un consortium d’entreprises américaines couvrant l’ensemble de la chaîne de valeur de l’IA à savoir puces (Nvidia, Qualcomm), data centers (Amazon, Microsoft, Google), modèles de langage (OpenAI, Anthropic) et applications (Google, Meta, OpenAI). L’objectif, selon le décret présidentiel, est de mener « un effort national coordonné pour soutenir l’industrie américaine de l’IA en promouvant l’export de packages complets ».

Pour accompagner ce déploiement, les États-Unis vont créer un «Tech Corps», version XXIe siècle du « Peace Corps » lancé en 1961 pour envoyer des volontaires américains dans les pays en voie de développement.  Jusqu’à 5 000 diplômés en sciences et intelligence artificielle seront envoyés dans les pays partenaires pour implanter des applications concrètes dans l’énergie, l’éducation, l’industrie, la médecine, le transport et l’agriculture. Des mécanismes de financement destinés aux pays clients sont également prévus.

La « Pax Silica » contre la Chine

En parallèle, M. Kratsios a promu le programme «Pax Silica» de coopération pour sécuriser les chaînes d’approvisionnement en semi-conducteurs. L’Inde est devenue vendredi le dernier pays signataire après le Royaume-Uni, l’Australie, les Émirats arabes unis, la Corée du Sud, le Qatar, le Japon et Israël.

Cette initiative s’inscrit dans une stratégie géopolitique affichée qui est d’assurer la «domination américaine » dans l’IA et « réduire la dépendance internationale aux IA développées par nos adversaires », a déclaré l’envoyé spécial de Trump. La cible est nommée à savoir la Chine. Pékin a en effet rattrapé son retard avec des modèles open source performants (DeepSeek R1, Alibaba Qwen, Moonshot AI Kimi K2) qui représentent désormais près de la moitié de l’usage des IA ouvertes et 13% de l’usage total mondial en 2025, selon le rapport « State of AI ».

Le programme Trump constitue une inversion complète de la politique de son prédécesseur. Là où Joe Biden imposait des contrôles stricts sur les exportations de puces pour freiner Pékin, l’administration actuelle choisit l’offensive commerciale. «L’IA américaine établit une nouvelle frontière, mais l’Amérique ne cherche pas à construire ce futur seul», a affirmé M. Kratsios, comparant cette technologie à la révolution des Pères fondateurs il y a 250 ans.

Accusations de « colonialisme numérique »

Interrogé sur les risques de dépendance technologique pour les nations partenaires, voire de «colonialisme numérique», l’envoyé spécial s’est défendu en arguant de la supériorité technique américaine. Le programme prévoit néanmoins une «initiative des champions nationaux» pour intégrer certaines entreprises locales et une adaptation linguistique et culturelle des modèles exportés.

M. Kratsios a également précisé que ces IA seraient «libres de toutes orthodoxies politiques», visant à la fois la censure chinoise et les modérations de contenu jugées excessives par la Maison Blanche. «Nous rejetons totalement la gouvernance globale de l’IA», a-t-il conclu, réaffirmant la position déjà exprimée par le vice-président J.D. Vance au sommet de l’IA de Paris en février 2025.

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