2 novembre 2026

Entretien avec Mourad Mechta (CEO de Guiddini) – Paiement digital · MYTPE : « Dans le paiement, la première fonctionnalité, c’est la confiance »

Lancé par Guiddini, MYTPE entend faire du smartphone un terminal de paiement soit un TPE virtuel, des QR Codes, un suivi des encaissements, le tout adossé à l’écosystème monétique algérien (SATIM, GIE Monétique, Algérie Poste, banques partenaires). Sur le papier, la promesse est séduisante « tout-en-un », « zéro commission », « pas de frais cachés ». Mais dans le paiement, les promesses ne valent que ce que valent les garanties qui les accompagnent.

Nous avons donc soumis à Mourad Mechta, de Guiddini, 5 questions : sécurité des fonds et conformité réglementaire, délais de traitement et compensation en cas d’incident, structure des coûts, intégration aux ERP et aux systèmes de caisse, et ambitions au-delà de l’encaissement. Il revient aussi sur l’erreur affichée sur la page d’accueil du site au moment de notre test, qu’il qualifie de «remarque utile», et invite la presse à tester la solution en conditions réelles.

Il précise surtout un point essentiel, MYTPE est une solution d’encaissement de proximité, distincte de Guiddini Pay, la passerelle dédiée aux sites e-commerce. Ecoutons le.

IT Mag : Comment la sécurité des fonds et la conformité réglementaire sont-elles garanties? MyTPE affirme être certifié SATIM et conforme à la réglementation bancaire algérienne. C’est tres bien mais je veux des précisions sur le mécanisme de protection des fonds des commerçants, la gestion des risques en cas de fraude ou de litige, et plus important encore, comment la plateforme assure la conformité continue avec la réglementation de la Banque d’Algérie et de GIE Monétique, ainsi que les procédures spécifiques de vérification KYC (connaissance du client) et KYB (connaissance de l’entreprise) .

    Mourad Mechta : Dans le paiement, la première fonctionnalité n’est ni le QR Code ni l’application : c’est la confiance.

    C’est pour cette raison que nous avons développé MYTPE dans le cadre de l’écosystème monétique algérien, en travaillant avec les acteurs compétents, notamment SATIM, le GIE Monétique, Algérie Poste et les banques partenaires.

    Les solutions et parcours que nous mettons en production passent par les processus d’homologation, de certification et de validation requis avant leur exploitation commerciale.

    Il est également essentiel de comprendre l’architecture financière de MYTPE : nous ne conservons pas l’argent des commerçants. Les fonds circulent dans le système bancaire et monétique et sont réglés sur le compte du marchand. Cette architecture réduit considérablement le risque lié à la conservation de fonds par un intermédiaire technologique.

    La sécurité est également pensée sur le plan des données. Les données applicatives et professionnelles de nos solutions sont hébergées en Algérie sur des infrastructures cloud locales, ce qui répond pour nous à un enjeu stratégique de souveraineté numérique.

    Concernant les informations de paiement sensibles, notre principe est de limiter au maximum leur exposition à la plateforme MYTPE : l’autorisation du paiement est réalisée à travers les infrastructures monétiques sécurisées prévues à cet effet.

    Nous appliquons également un processus KYC/KYB avant l’activation du service. Un commerçant ou une entreprise ne peut pas simplement créer un compte et commencer à encaisser anonymement. Selon son statut, différentes informations et pièces sont vérifiées : identité du représentant légal, registre de commerce ou statut juridique, informations fiscales, coordonnées bancaires, activité exercée et autres éléments nécessaires à l’identification du bénéficiaire du service.

    Pour les risques de fraude ou les litiges, nous disposons d’une traçabilité des opérations permettant de retrouver les références de transaction, le marchand, le point d’encaissement, le montant, l’heure, l’utilisateur ou la caisse concernés et le statut de l’opération.

    Cette traçabilité devient particulièrement importante lorsque l’entreprise possède plusieurs agences ou plusieurs caisses.

    Notre ambition n’est pas uniquement d’être conforme le jour de la certification. La conformité est un processus permanent. Une solution de paiement doit évoluer en même temps que les règles et exigences du GIE Monétique, de SATIM, d’Algérie Poste, des banques et plus globalement du cadre réglementaire algérien.

    IT Mag : En cas de panne technique ou de problème de transaction, quel est le délai de traitement du support et comment les fonds sont-ils compensés ? La page d’accueil du site présente actuellement une erreur client illustre justement l’importance de la stabilité technique. Quel est le niveau de SLA pour la disponibilité de la plateforme, les canaux de support (téléphone, email, WhatsApp) et les heures de service, ainsi que la politique de compensation en cas de perte financière pour le commerçant due à une défaillance de la plateforme.

      Mourad Mechta : C’est une excellente question, parce qu’une solution de paiement doit justement être jugée sur ce qui se passe lorsqu’une opération ne se déroule pas normalement.

      Il faut d’abord distinguer trois niveaux : le site web public de MYTPE, la plateforme applicative utilisée par les marchands et l’infrastructure transactionnelle de paiement.

      Une erreur d’affichage ou un incident sur une page du site vitrine ne signifie donc pas nécessairement que le système transactionnel est indisponible. Nous travaillons justement avec des architectures séparées afin qu’un problème sur un service périphérique n’entraîne pas automatiquement l’arrêt de toute la chaîne de paiement.

      Nous assurons un suivi technique et mettons à disposition de nos clients différents niveaux de support selon leur offre et leur criticité. Les incidents liés directement à l’encaissement sont naturellement considérés comme prioritaires, avec des mécanismes d’escalade vers nos équipes techniques et, lorsque cela est nécessaire, vers la banque ou l’acteur monétique concerné.

      Pour les grands comptes et les déploiements critiques, notamment les réseaux possédant plusieurs agences ou points d’encaissement, des engagements de service et procédures d’escalade peuvent être contractualisés.

      La notion de « compensation » mérite également d’être précisée.

      Lorsqu’une transaction rencontre un incident, nous procédons au rapprochement de la transaction avec les différentes références monétiques afin de déterminer précisément son statut : autorisée, refusée, annulée, débitée, remboursée ou en attente de rapprochement.

      C’est l’un des avantages majeurs de MYTPE : chaque opération laisse une trace permettant d’effectuer ce rapprochement avec la banque et les systèmes monétiques concernés.

      Lorsqu’un client est débité mais que le marchand ne reçoit pas immédiatement une confirmation correcte, nous pouvons ainsi remonter l’opération et travailler avec les acteurs concernés jusqu’à sa régularisation suivant les procédures monétiques applicables.

      Et lorsqu’un incident relève directement d’une prestation MYTPE, son traitement dépend des engagements contractuels et du niveau de service souscrit par le client.

      Concernant l’erreur signalée actuellement sur le site, nous la considérons d’ailleurs comme une remarque utile. Nous sommes totalement favorables à ce qu’un journaliste teste concrètement MYTPE. Nous pouvons organiser une démonstration du parcours marchand, du TPE virtuel, de la génération d’un QR Code, du suivi d’une transaction et de nos différents tableaux de bord.

      Dans la fintech, la meilleure manière de démontrer une technologie reste effectivement de la faire utiliser.

      IT Mag : Quelle est la structure exacte des coûts de la plateforme ? Y a-t-il des frais cachés ?
      Bien que le site officiel mentionne « pas de frais cachés » et une « tarification transparente » , les commerçants ont besoin de connaître les frais spécifiques. quels sont les frais d’activation du terminal virtuel (TPE), s’il existe des frais de transaction ou des frais d’abonnement mensuels, et comment les fonds sont réglés sur le compte bancaire du commerçant (y a-t-il des frais). De plus, vous dites « pas de commission », mais il est important de clarifier s’il s’agit d’une politique permanente .

        Mourad Mechta : Tout d’abord, il faut savoir que entre l’établissement financier et son client, les regles sont clairement identifiées.

        Pour les besoins plus avancés, plusieurs agences, plusieurs caisses, utilisateurs multiples, intégration avec un ERP ou un CRM, ou encore modules métiers, des offres SaaS spécifiques peuvent être proposées. Là encore, le périmètre et le prix sont communiqués avant activation.

        Notre philosophie est simple : pas de frais surprises et pas de prélèvement invisible sur le chiffre d’affaires du marchand.

        Concernant le « zéro commission MYTPE », il s’agit de notre politique commerciale actuelle. Si notre modèle devait évoluer à l’avenir, toute évolution serait annoncée de manière transparente et contractuelle.

        IT Mag : La plateforme peut-elle s’intégrer à mes systèmes existants , ERP, site e-commerce, caisse ? L’API est-elle stable et facile à utiliser ? Le site officiel mentionne la fourniture d’API RESTful et de webhooks. C’est tres bien mais existe-t-il une documentation destinée aux développeurs non techniques, environnement Sandbox (test) suffisamment complet, mais aussi la politique de compatibilité des versions API (risque de perturbations lors des mises à jour), et s’il existe des cas d’intégration réussie avec des systèmes de caisse courants en Algérie (comme des logiciels de gestion de magasin locaux).

          Oui, mais il est important ici de bien distinguer deux usages différents du paiement électronique : le paiement de proximité et le paiement sur Internet.

          MYTPE est avant tout une solution destinée aux commerçants et aux entreprises pour digitaliser l’encaissement de leurs ventes de proximité.

          Un commerce, une agence, un hôtel, un restaurant, une société de distribution, une compagnie d’assurance ou toute autre entreprise peut disposer d’un ou de plusieurs TPE virtuels et encaisser ses clients depuis ses différents points de vente, agences, caisses ou collaborateurs autorisés.

          Dans ce contexte, MYTPE peut parfaitement être interfacé avec un ERP, un CRM, un logiciel de caisse ou un logiciel métier externe.

          L’objectif est que le paiement ne reste pas isolé du système d’information de l’entreprise.

          Prenons un exemple concret : une entreprise de distribution dispose de plusieurs commerciaux ou livreurs. Une commande est créée dans son ERP. Au moment de la livraison, le collaborateur peut déclencher l’encaissement depuis MYTPE. Une fois le paiement effectué par le client, le statut de la transaction peut être remonté vers l’ERP ou le CRM afin de mettre automatiquement à jour la commande, le règlement du client et le rapprochement de la caisse concernée.

          La même logique peut fonctionner dans une compagnie d’assurance disposant de dizaines d’agences, dans un hôtel à la réception ou dans une entreprise ayant plusieurs caisses.

          C’est là que la puissance du TPE virtuel prend tout son sens : chaque agence, caisse ou collaborateur peut disposer de son propre environnement d’encaissement tout en permettant au siège de centraliser et suivre les transactions.

          En revanche, il est essentiel de préciser que MYTPE n’est pas notre gateway destiné à intégrer directement le paiement sur un site e-commerce externe.

          Lorsqu’un marchand souhaite intégrer le paiement CIB ou Edahabia directement dans son site web, sa boutique e-commerce ou sa plateforme Internet, nous entrons dans un autre cadre : celui du webmarchand.

          Chez Guiddini, ce besoin est pris en charge par Guiddini Pay, notre gateway de paiement sur Internet.

          L’intégration webmarchand suit un processus spécifique, notamment en matière d’identification du marchand, de contractualisation bancaire, de certification, de validation du site et de mise en production dans l’écosystème monétique.

          C’est volontairement séparé.

          MYTPE = encaissement digital de proximité.
          Guiddini Pay = paiement intégré sur Internet pour les webmarchands.

          Cette séparation permet d’avoir des solutions adaptées à la nature réelle de chaque transaction tout en respectant les processus applicables à chaque canal.

          Pour les intégrations MYTPE avec des ERP, CRM ou logiciels métiers, nous travaillons avec des API et des mécanismes permettant de faire communiquer le système de gestion de l’entreprise avec le système d’encaissement.

          Nous accompagnons notamment des entreprises disposant de solutions comme Odoo, mais également de nombreux ERP, CRM et logiciels métiers développés localement en Algérie.

          L’interfaçage peut permettre de transmettre une référence de commande ou de facture au moment de l’encaissement, puis de récupérer le statut du règlement pour faciliter le rapprochement.

          Pour une entreprise possédant 20, 50, 100 agences ou davantage, l’enjeu devient considérable : le siège peut savoir quelle agence a encaissé, quelle caisse, quelle transaction et pour quelle opération commerciale.

          La stabilité des interfaces est évidemment essentielle. Notre approche est donc de privilégier le versioning, la compatibilité avec les intégrations existantes et une évolution maîtrisée des API afin qu’une évolution de MYTPE ne vienne pas perturber le système d’information du client.

          Il faut enfin rappeler que Guiddini ne se limite pas au paiement.

          À travers Guiddini Dev, nous développons et interfaçons des solutions métiers autour du paiement. Cette expertise nous permet d’aborder un projet non seulement sous l’angle « comment encaisser ? », mais surtout sous l’angle « comment intégrer l’encaissement dans le processus métier de l’entreprise ? »

          C’est cette combinaison entre MYTPE pour le paiement de proximité, Guiddini Pay pour le paiement Internet et Guiddini Dev pour l’intégration métier qui constitue aujourd’hui la stratégie globale de Guiddini dans le paiement digital.

          IT Mag : En dehors du paiement, MYTPE prévoit-il d’intégrer d’autres fonctions de gestion commerciale : facturation, stocks, rapports financiers ou statistiques ? MyTPE se positionne comme une « solution tout-en-un » . Est ce qu’il y a d’autres fonctionnalités au-delà du paiement (par exemple les rapports financiers, la gestion des clients, la facturation électronique). Sont-elles déjà disponibles dans cette version?, ou bien seront-elles facturées séparément à l’avenir, et comment la plateforme aide les commerçants à utiliser ces données pour améliorer l’efficacité opérationnelle, plutôt que de se limiter à un simple outil d’encaissement.

            Mourad Mechta : C’est précisément là que se trouve notre vision à long terme. Nous considérons que le paiement ne doit plus être une fonction isolée située à la fin d’une transaction. Le paiement doit devenir une donnée métier.

            Qui a payé ? Pour quelle prestation ? Dans quelle agence ? Sur quelle caisse ? Pour quelle commande ? Quel commercial ou collaborateur a généré l’encaissement ? Quel montant doit être rapproché avec la comptabilité ?

            C’est pourquoi MYTPE dispose déjà de fonctionnalités de suivi, de statistiques, de gestion de plusieurs terminaux virtuels, de plusieurs utilisateurs ou caisses, de QR Codes, de formulaires d’encaissement et d’intégration avec les systèmes métiers.

            Mais nous allons beaucoup plus loin avec une stratégie que nous appelons les modules métiers MYTPE.

            Par exemple, avec My Association, une association, fédération, organisation, groupement ou syndicat ne reçoit pas simplement un TPE virtuel. Elle dispose d’un véritable espace numérique pour gérer ses membres, ses adhésions, ses cotisations, ses activités et ses paiements.

            Le membre peut régler sa cotisation et l’administration dispose immédiatement de la traçabilité correspondante. Cela contribue à la fois à la digitalisation et à la transparence financière des organisations.

            Avec My Restaurant, nous travaillons sur toute l’expérience du restaurant : QR Code sur la table, menu digital, commande, gestion de la session de la table, appel serveur, partage de l’addition et encaissement.

            Le paiement devient alors une étape naturelle du parcours restaurant et non un outil séparé.

            Nous développons la même logique pour les hôtels, avec des outils adaptés à la réception, aux différents points d’encaissement et au rapprochement avec les opérations de l’établissement.

            Pour les organisateurs d’événements, la logique métier peut associer inscriptions, participants, billetterie, contrôle d’accès et encaissement.

            Cette approche peut également être déclinée pour les écoles et centres de formation, salles de sport, agences de voyages, assurances, sociétés de distribution, professions libérales et de nombreux autres secteurs.

            Notre objectif n’est donc pas de transformer MYTPE en un ERP généraliste gigantesque.

            Notre stratégie consiste plutôt à construire des solutions métiers simples dans lesquelles le paiement de proximité est nativement intégré.

            Et lorsqu’un besoin devient plus avancé en matière de CRM, facturation électronique, recouvrement ou gestion commerciale, l’entreprise peut être interfacée avec les autres solutions développées dans l’écosystème Guiddini.

            Pour résumer notre vision : aujourd’hui, MYTPE permet d’encaisser. Mais la vraie valeur consiste à permettre à l’entreprise de savoir pourquoi elle a encaissé, où elle a encaissé, quelle caisse ou agence a réalisé l’opération et comment rapprocher automatiquement cet encaissement de son activité commerciale.

            C’est à ce niveau que le paiement devient réellement un levier de transformation numérique.

            Laisser un commentaire

            Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *