16 octobre 2026

Edito octobre 2026: Des étoiles et des hommes

On aimerait parfois lui dire de se calmer. Regarder Elon Musk lever les yeux vers le ciel et voir le globe terrestre comme un simple marché à câbler, ça a de quoi agacer. Starlink enchaîne les lancements, aligne ses milliers de boîtes en métal en orbite basse (LEO), rachète pour huit milliards de dollars de fréquences américaines comme d’autres achètent une baguette, et nous vend son Direct-to-Cell avec le sourire d’un gamin qui a braqué la confiserie. C’est brutal, c’est hégémonique, et ça fait froid dans le dos. Voir nos États empêtrés dans leurs lourdeurs administratives, et bureaucratiques supplier un milliardaire texan de leur laisser un peu de souveraineté numérique, il y a de quoi pousser un juron.

Et pourtant… Et pourtant, il faut avoir le cœur bien sec pour ne pas voir ce que tout cela porte d’infiniment tendre.

Pensez à ce berger dans la montagne, à ce marin au milieu de nulle part, à cette école oubliée dans une vallée encaissée où l’électricité saute dès qu’il pleut. Pendant des décennies, les grands opérateurs télécoms, nos vieux mastodontes bien installés aux poches bien pleines, les ont regardés de haut, calculant au centime près que «ça ne valait pas le coup» de tirer une fibre pour trois habitants. Pour eux, l’Humain s’arrêtait là où la rentabilité faiblissait.

Et voilà qu’un fou furieux envoie des lucioles d’acier au-dessus des nuages pour brancher les oubliés du monde. Pour offrir à une grand-mère isolée le visage de ses petits-enfants en vidéo, ou à un secouriste perdu dans la tempête de sable la possibilité de lancer un appel qui sauve.

Alors oui, le duel est dur. Nos opérateurs historiques pleurent leurs privilèges perdus et se frotteront bientôt les yeux en découvrant qu’ils doivent partager le ciel. La bataille sera rude, les enjeux de pouvoir sont colossaux, et le monopole privé qui se dessine est effrayant.

Mais ce soir, si vous levez les yeux vers la nuit noire, ne voyez pas seulement une multinationale de plus. Voyez aussi ces petits points lumineux qui tendent la main à ceux que tout le monde avait abandonnés. C’est féroce, c’est américain, c’est incontrôlable… mais bon sang, qu’est-ce que c’est beau quand la technologie se souvient enfin des invisibles.

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