Un arrêté publié au Journal officiel vient d’officialiser la création du Comité national des paiements (CNP), l’instance chargée de tracer la feuille de route de la modernisation des moyens de paiement en Algérie. Placée sous l’autorité du Gouverneur de la Banque d’Algérie, cette structure vise à réduire la dépendance de l’économie au cash et à accélérer la transition vers les paiements scripturaux ( virements, cartes bancaires et transactions mobiles).

La création du CNP découle de l’article 163 de la loi monétaire et bancaire n° 23-09. Sa mission première est l’élaboration d’une stratégie nationale de développement des paiements scripturaux. Contrairement aux espèces, ces transactions traçables offrent une meilleure sécurité, réduisent les coûts de gestion et améliorent la collecte des données économiques, tout en renforçant la transparence fiscale.
La composition du comité reflète la transversalité de l’enjeu. Outre la Banque d’Algérie et le ministère des Finances, siègent au CNP la Justice, le Commerce, la Poste et Télécommunications, ainsi que le ministère de la Numérisation et des Start-up. Côté sécurité, la Direction générale de la sécurité intérieure, la Gendarmerie nationale et la Sûreté nationale y sont représentées. Les acteurs opérationnels. Algérie Poste, l’Association professionnelle des banques (Abef), le GIE Monétique et Satim complètent ce dispositif, auxquels s’ajoutent deux experts indépendants.
Le CNP se réunit au siège de la Banque d’Algérie, assisté d’un secrétariat permanent chargé de préparer les dossiers, de diffuser les résolutions et de suivre la mise en œuvre des orientations stratégiques. Les membres sont tenus à une stricte obligation de confidentialité et doivent assister personnellement aux réunions, sans possibilité de se faire représenter.
L’instance devra produire un rapport annuel public et communiquer régulièrement des statistiques sur la diffusion et l’usage des moyens de paiement scripturaux. Ces indicateurs permettront d’évaluer les progrès de la digitalisation, d’identifier les zones encore sous-équipées et d’ajuster les politiques publiques. À l’heure où l’économie numérique devient un impératif de compétitivité, l’Algérie pose ainsi les jalons d’une réforme structurelle de son système de paiements.
A Savoir
Définitions
Paiements scripturaux : Ensemble des transactions financières effectuées par simple écriture comptable, sans échange physique de billets ou de pièces. Ils incluent les virements bancaires, les prélèvements automatiques, les chèques, les paiements par carte bancaire, par téléphone mobile (m-paiement) ou par Internet. Leur principal avantage est la traçabilité, qui facilite le contrôle fiscal et la lutte contre le blanchiment d’argent, ainsi qu’une réduction des coûts de gestion et des risques de vol pour les commerçants et les particuliers.
Monétique : Ensemble des techniques et des systèmes informatiques permettant la réalisation de transactions électroniques à l’aide de cartes bancaires (paiement et retrait). Le terme désigne également l’écosystème qui regroupe les émetteurs de cartes (banques), les acquéreurs (les prestataires qui installent les terminaux chez les commerçants), les réseaux d’interchange ( Visa/Mastercard à l’international) et les centres monétiques interbancaires, qui assurent l’acheminement et la sécurisation des flux entre les établissements.
Économie de la connaissance : Modèle économique dans lequel la production et l’utilisation des savoirs plutôt que des ressources naturelles ou de la main-d’œuvre non qualifiée deviennent le principal moteur de la croissance et de la création d’emplois. Elle s’appuie sur des secteurs à forte intensité intellectuelle à l’image du numérique, recherche-développement, ingénierie, conseil, formation, etc. La promotion des paiements scripturaux s’inscrit dans cette logique, car ils génèrent des données qui, une fois analysées, deviennent des ressources stratégiques pour l’innovation et la régulation.
Algérie Poste : Entreprise publique chargée du service postal universel en Algérie, mais également active dans les services financiers (comptes chèques postaux, mandats, épargne) et, de plus en plus, dans les services numériques. Sa présence sur l’ensemble du territoire, y compris dans les zones rurales, en fait un acteur clé de l’inclusion financière et de la démocratisation des paiements scripturaux.
Centre monétique interbancaire : Organisme technique qui assure la mutualisation et l’interconnexion des transactions entre les banques membres d’un réseau de cartes bancaires. Il gère l’autorisation des paiements, la compensation (c’est-à-dire le règlement des sommes dues entre les banques), la lutte contre la fraude et la norme de sécurité des terminaux et des cartes. En Algérie, il s’agit d’une infrastructure essentielle pour garantir l’interopérabilité des cartes bancaires émises par différentes banques.
Association professionnelle des banques et établissements financiers : Organisation qui fédère les établissements bancaires et financiers agréés en Algérie. Elle joue un rôle de représentation, de concertation et de coordination entre ses membres, et sert d’interlocuteur privilégié des pouvoirs publics sur les questions relatives à la régulation bancaire, à la concurrence et à l’innovation financière.
Rapport annuel : Document de synthèse publié chaque année par une institution publique ou privée, retraçant ses activités, ses réalisations, ses comptes et ses perspectives. Dans le cas du CNP, ce rapport doit rendre compte des travaux menés sur la stratégie nationale de paiements, des statistiques collectées, des orientations adoptées et des recommandations formulées. Il constitue un instrument de transparence et d’évaluation des politiques publiques.

