L’UIT publie son rapport 2026 sur la fracture numérique de genre en disant que si 80 millions de femmes se sont connectées l’an dernier, l’écart d’accès à Internet mobile se maintient à 12% et celui de possession de smartphones à 13%. Entre coût des équipements, normes sociales et compétences numériques, les obstacles perdurent. Au-delà de l’injustice, c’est une opportunité économique majeure que les pays en développement laissent filer. Seule une mobilisation collective peut transformer cette injustice sociale en levier de développement. Le rapport 2026 de l’UIT révèle des progrès encourageants, mais souligne la nécessité d’une mobilisation renforcée pour réduire la fracture numérique entre les sexes.
L’Union internationale des télécommunications (UIT) a publié son Rapport 2026 sur l’écart numérique mobile entre les sexes. Ce document examine les progrès accomplis en matière d’inclusion numérique des femmes dans les pays à revenu faible et intermédiaire. Il identifie également les domaines où des efforts supplémentaires restent nécessaires pour parvenir à une égalité d’accès aux technologies de l’information et de la communication.
Des progrès notables, mais un chemin encore long
Les données de cette année font état d’avancées significatives. Aujourd’hui, 1,5 milliard de femmes utilisent Internet mobile dans le monde. Rien qu’en 2025, environ 80 millions de femmes supplémentaires se sont connectées pour la première fois, un chiffre qui témoigne d’une dynamique positive.
Malgré ces progrès, un écart important subsiste entre les hommes et les femmes. Les femmes restent 12% moins susceptibles que les hommes d’utiliser Internet mobile. Cela représente environ 200 millions de femmes en moins en ligne par rapport à la population masculine. Cet écart, bien qu’en légère diminution par rapport aux années précédentes, demeure un défi majeur pour l’inclusion numérique.
Par ailleurs, l’écart de possession de smartphones se maintient à 13%. Autrement dit, dans les pays en développement, les femmes ont 13% de chances en moins que les hommes de posséder un téléphone intelligent, ce qui constitue un frein important à l’accès à Internet et aux services numériques.
Un contexte marqué par la pandémie
Selon l’UIT, l’écart numérique entre les sexes a légèrement diminué depuis 2020. Cependant, la pandémie de Covid-19 avait auparavant aggravé les inégalités. La hausse des coûts des équipements et des forfaits de données, conjuguée à une augmentation du chômage, a touché davantage les femmes dans les pays en développement. Cette période a ainsi creusé un retard difficile à rattraper, malgré les progrès récents.
Pourquoi cet écart persiste-t-il ?
Le rapport identifie plusieurs facteurs explicatifs. Parmi eux figurent le coût élevé des appareils et des forfaits de données, le manque de compétences numériques, des normes sociales et culturelles qui limitent l’accès des femmes aux technologies, ainsi que l’absence de contenus ou de services adaptés à leurs besoins spécifiques. Les femmes rurales et les populations les plus vulnérables sont particulièrement touchées par ces inégalités.
Des initiatives pour inverser la tendance
Face à ce constat, des actions concrètes sont menées à l’échelle mondiale. Des initiatives comme l’initiative «EQUALS», un partenariat mondial pour l’égalité numérique entre les sexes ou les programmes spécifiques de l’UIT visent à former les femmes aux métiers du numérique. Elles encouragent également l’adoption de politiques publiques inclusives, en sensibilisant les gouvernements et les acteurs privés à l’importance de réduire la fracture numérique de genre.
Un appel à l’action collective
Le rapport souligne l’importance d’une collaboration continue entre l’industrie, les gouvernements et les partenaires internationaux. Aucun acteur ne peut, à lui seul, résoudre ce problème complexe. Des politiques publiques ciblées, des investissements dans l’infrastructure numérique, des programmes de formation aux compétences numériques, ainsi que des campagnes de sensibilisation sont autant de leviers à actionner pour garantir que chacun, où qu’il soit et quel que soit son genre, puisse bénéficier de la connectivité numérique.
L’UIT rappelle que l’inclusion numérique des femmes n’est pas seulement une question d’équité, elle est aussi un puissant moteur de développement économique et social. Connecter les femmes, c’est leur donner accès à l’éducation, à la santé, à l’emploi, à la finance et à une voix dans la société. L’enjeu dépasse donc largement le cadre technologique car il touche à la justice sociale et au développement durable.
L’impact économique de l’inclusion numérique : un levier de croissance
L’inclusion numérique des femmes n’est pas seulement un enjeu de justice sociale, c’est aussi un facteur de croissance économique. Selon les études de l’UIT, une augmentation de 10% de l’accès à Internet mobile pour les femmes dans un pays émergeant peut accroître le Produit intérieur brut (PIB) de 1,5 % en moyenne. Ce chiffre illustre avec force l’impact direct de la connectivité sur l’activité économique. En facilitant l’accès à l’information, aux marchés, aux services financiers et à la formation, l’Internet mobile permet aux femmes de devenir des actrices à part entière du développement. Investir dans l’inclusion numérique des femmes, c’est donc investir dans la prospérité collective.
Définitions
- UIT (Union internationale des télécommunications) : Agence spécialisée des Nations unies chargée des technologies de l’information et de la communication (TIC). Elle fixe les normes techniques, attribue les fréquences radio et publie des données statistiques sur l’accès aux télécommunications dans le monde. Son siège est à Genève, en Suisse.
- Écart numérique entre les sexes (fracture numérique de genre) : Inégalité d’accès, d’usage ou de compétences en matière de technologies numériques entre les hommes et les femmes. Il peut concerner la possession d’un téléphone, l’accès à Internet, l’utilisation des services en ligne ou les compétences numériques.
- Pays à revenu faible et intermédiaire : Classification de la Banque mondiale qui regroupe les pays dont le revenu national brut par habitant est inférieur à un certain seuil. Cela inclut la plupart des pays d’Afrique, d’Asie du Sud, d’Amérique latine et du Moyen-Orient. Ces pays sont souvent confrontés à des défis d’infrastructure numérique plus importants que les pays à revenu élevé.
- Internet mobile : Accès à Internet via un réseau de téléphonie mobile (3G, 4G, 5G), généralement sur un smartphone. Dans les pays en développement, l’Internet mobile est souvent le seul mode d’accès au web, faute d’infrastructures fixes (fibre, ADSL) suffisamment développées.
- Smartphone : Téléphone mobile doté de fonctions avancées (écran tactile, système d’exploitation, connexion Internet, applications, etc.), qui le distinguent des téléphones dits « basiques » (feature phones) limités à l’appel et au SMS.
- Taux d’utilisation : Proportion d’une population donnée qui utilise un service ou un équipement. Par exemple, si l’UIT indique que les femmes sont 12 % moins susceptibles d’utiliser Internet mobile, cela signifie que, sur 100 hommes connectés, on ne compte que 88 femmes dans la même situation.
- Inclusion numérique : Processus visant à garantir que tous les citoyens, y compris les groupes marginalisés (femmes, personnes âgées, personnes handicapées, populations rurales), puissent accéder aux technologies numériques, en maîtriser l’usage et en tirer des bénéfices (emploi, éducation, santé, participation citoyenne).
- Compétences numériques : Ensemble des connaissances et des capacités nécessaires pour utiliser efficacement les outils numériques. Cela va de la simple navigation sur Internet à des compétences plus avancées comme l’utilisation d’applications de paiement, de services administratifs en ligne ou de la bureautique.
- Connectivité universelle : Vision selon laquelle chaque personne, où qu’elle vive, doit avoir accès à une connexion Internet de qualité et à un prix abordable. C’est un objectif affiché par l’UIT et les Nations unies dans le cadre des Objectifs de développement durable (ODD).
- Développement durable : Concept de développement qui répond aux besoins du présent sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs. Il repose sur trois piliers : économique, social et environnemental. L’inclusion numérique des femmes contribue directement à l’ODD n° 5 (égalité entre les sexes) et à l’ODD n° 9 (industrie, innovation et infrastructure).
- Normes sociales et culturelles : Ensemble de croyances, de valeurs et de comportements acceptés au sein d’une société. Dans de nombreux pays, des normes patriarcales ou conservatrices limitent l’accès des femmes à la technologie, en considérant par exemple que le téléphone ou Internet ne sont pas « faits pour elles » ou qu’ils sont moins importants que ceux des hommes.
- Forfait de données : Abonnement ou recharge permettant d’accéder à Internet via le réseau mobile. Dans les pays en développement, le coût des données reste souvent un obstacle majeur, surtout pour les populations aux revenus modestes.
- Services en ligne : Prestations proposées via Internet : administration électronique, services bancaires, e-commerce, téléconsultation médicale, éducation à distance, etc. L’accès à ces services dépend de la connectivité et des compétences numériques.
- Initiative « EQUALS » : Partenariat mondial lancé en 2016 par l’UIT, le gouvernement de la Suède, la société Cisco et d’autres acteurs. Son objectif est de réduire l’écart numérique entre les sexes en promouvant l’accès, les compétences et le leadership des femmes dans le secteur des technologies.
- Produit intérieur brut (PIB) : Indicateur économique qui mesure la valeur totale des biens et services produits dans un pays sur une période donnée (généralement un an). C’est un indicateur clé de la richesse et de l’activité économique d’un pays.

