30 mai 2026

Un pont entre formation professionnelle et économie numérique <BR> De la salle de cours à la start-up pour répondre aux défis de l’IA

Dans un contexte où l’intelligence artificielle (IA) redessine les contours de l’économie mondiale, l’Algérie franchit un cap décisif. La ministre de la Formation et de l’Enseignement professionnels, Nacima Arhab, accompagnée du ministre de l’Économie de la connaissance, des Start-up et des Micro-entreprises, Noureddine Ouadah, a procédé ce dimanche à l’Institut national spécialisé de la formation professionnelle d’El Rahmania (Alger) au lancement officiel du programme national de formation en intelligence artificielle. Une initiative structurante qui illustre la volonté de l’État de positionner le pays sur l’échiquier technologique international.

Qu’est-ce que l’intelligence artificielle ?
L’intelligence artificielle désigne l’ensemble des techniques permettant à des machines d’imiter certaines fonctions cognitives humaines comme l’apprentissage, le raisonnement, la perception, la décision. De l’assistant vocal au diagnostic médical, de la conduite autonome à la cybersécurité, l’IA pénètre désormais tous les secteurs économiques. Selon les projections de Goldman Sachs, l’IA pourrait contribuer à une hausse de 7% du PIB, produit intérieur brut, mondial sur dix ans. Pour l’Algérie, maîtriser cette technologie constitue un impératif stratégique de souveraineté économique et technologique.

Un programme ancré dans une vision interministérielle
Dans son allocution, Mme Arhab a présenté ce programme comme le symbole de l’engagement de l’État à investir dans les compétences nationales, une «base essentielle» pour accompagner les mutations technologiques rapides du monde moderne. «Nous ne formons pas seulement des techniciens, nous préparons des acteurs capables de façonner l’avenir numérique de l’Algérie», a-t-elle insisté.

Cette initiative résulte d’une coopération inédite entre deux départements ministériels traditionnellement séparés à savoir la Formation professionnelle et l’Économie de la connaissance. Cette convergence répond à une vision stratégique commune visant à «préparer des compétences capables de s’intégrer rapidement dans l’environnement numérique et de contribuer à la création de solutions répondant aux exigences du marché». Une approche qui rompt avec le cloisonnement sectoriel souvent critiqué dans les politiques publiques algériennes.

Une pédagogie par la pratique ou l’apprentissage par projet
La ministre a particulièrement insisté sur la méthodologie pédagogique adoptée. La formation repose sur une approche moderne où la pratique de terrain constitue l’axe central du processus d’apprentissage. Contrairement aux formations théoriques traditionnelles, les participants travailleront sur des projets concrets directement issus des besoins du marché.

Qu’est-ce que l’apprentissage par projet? Il s’agit d’une méthode active où l’apprenant acquiert des compétences en résolvant des problèmes réels, souvent en équipe et avec des contraintes de temps et de ressources similaires à celles du monde professionnel. Cette approche, largement utilisée dans les écoles d’ingénieurs et les bootcamps technologiques internationaux, favorise l’employabilité immédiate des diplômés.

Calendrier et structure du programme
Le programme s’étalera sur douze semaines, découpées en deux phases distinctes. Une première phase de formation intensive de huit semaines, consacrée aux cours magistraux, aux travaux dirigés et aux ateliers pratiques sur les fondamentaux de l’IA tels que le machine learning, le deep learning, le traitement du langage naturel et la vision par ordinateur; suivie d’une deuxième phase de quatre semaines dédiée à des projets pratiques, où les participants réaliseront des projets concrets au sein de start-up ou d’incubateurs, encadrés par des professionnels. Cette formation s’inscrit dans la continuité d’une préparation des formateurs lancée dès le 15 janvier 2026, garantissant ainsi la qualité pédagogique et l’actualité des enseignements dispensés.

«Un nouveau jalon pour relever les défis de l’IA»
De son côté, Nouredine Ouadah a salué ce programme comme «un nouveau jalon dans le processus visant à relever les défis de l’IA». Le ministre a mis en avant la complémentarité des deux secteurs, formation et économie de la connaissance, pour offrir une formation de haut niveau alliant travaux pratiques et immersion en start-up.

L’originalité du dispositif réside dans l’utilisation des technologies et modèles d’IA les plus récents, permettant aux apprenants de travailler sur des outils à la pointe de l’innovation mondiale. «Nous ne voulons pas former des utilisateurs d’IA, mais des créateurs d’IA capables de développer leurs propres solutions», a précisé le ministre.

L’objectif final? Doter le marché national de professionnels qualifiés capables de suivre l’évolution rapide de cette technologie, tout en offrant aux bénéficiaires la possibilité de créer leurs propres entreprises via l’incubateur et le centre de développement de l’entrepreneuriat. Une double vocation à savoir employabilité et création d’emplois.

Inauguration du premier incubateur d’entreprises de l’institut
À cette occasion, les deux ministres ont également procédé à l’inauguration du premier incubateur d’entreprises de l’Institut national spécialisé de la formation professionnelle d’El Rahmania.

Qu’est-ce qu’un incubateur d’entreprises? C’est une structure d’accompagnement qui aide les porteurs de projets à transformer leur idée en entreprise viable. Elle offre généralement un espace de travail, un mentorat, un accès à des réseaux professionnels et, parfois, des financements amorces. En Algérie, les incubateurs se multiplient depuis la loi sur les start-up de 2022, mais leur ancrage dans les instituts de formation professionnelle constitue une nouveauté majeure.

Cet incubateur a pour mission de promouvoir la culture de l’entrepreneuriat auprès des stagiaires et diplômés, de soutenir les projets innovants à fort potentiel technologique, et d’encourager le développement d’initiatives économiques novatrices dans le domaine de l’IA et du numérique. La cérémonie de lancement s’est par ailleurs conclue par une distinction honorifique envers les enseignants pionniers ayant contribué à l’élaboration du programme.
La cérémonie s’est conclue par une présentation détaillée du programme de formation en IA, suivie d’une cérémonie de distinction en l’honneur des enseignants ayant contribué à son élaboration. Un geste symbolique qui reconnaît le rôle crucial des acteurs de terrain dans la réussite de cette ambition nationale.

Contexte et enjeux
Ce lancement intervient dans un contexte où l’Algérie cherche à diversifier son économie hors hydrocarbures et à rattraper son retard dans le domaine du numérique. Le pays compte près de 70% de sa population âgée de moins de 30 ans, un dividende démographique qui pourrait constituer un atout majeur si la formation adéquate est assurée.

Cependant, le défi reste de taille car selon le Forum économique mondial, l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient devront former plus de 14 millions de professionnels du numérique d’ici 2030 pour combler le déficit de compétences. Le programme lancé dimanche à El Rahmania constitue une réponse concrète à cet enjeu continental.

En somme, l’Algérie pose avec ce programme les jalons d’une stratégie nationale de souveraineté technologique, où la formation professionnelle et l’économie de la connaissance convergent pour former une nouvelle génération de talents capables de faire face aux défis de l’IA. Une initiative à suivre de près, tant ses répercussions pourraient influencer l’avenir économique du pays dans les années à venir.

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