14 avril 2026

Une gouvernance des données et un portail national unique <BR> Quand l’administration algérienne passe au numérique

C’est dans les locaux du Haut Commissariat à la Numérisation (HCN) qu’une révolution silencieuse s’est amorcée ce jeudi. Le comité national de gouvernance des données, instance créée pour superviser la mutation digitale de l’administration algérienne, a tenu sa première réunion. L’événement marque le passage de la planification à l’action concrète dans la stratégie nationale de transformation numérique 2025-2030.
L’Algérie rejoint ainsi une tendance mondiale où les États développent des « API gouvernementales » pour stimuler l’innovation tout en garantissant la protection des données personnelles, dans un cadre juridique encadré par les textes sur la protection de la vie privée .

Quand les données parlent le même langage
L’enjeu principal de cette séance inaugurale? Harmoniser les mécanismes opérationnels du système national de gouvernance des données. Concrètement, les experts ont finalisé le déploiement des interfaces de programmation applicatives (API) — ces « passeports numériques » qui permettent à différents logiciels de communiquer entre eux sans intervention humaine.

Cette interopérabilité constitue la pierre angulaire du projet. Selon le Référentiel National d’Interopérabilité établi par décret en 2019, ces standards garantissent que « les différents systèmes d’information des administrations publiques peuvent enfin cesser de fonctionner en silos » .

Dzaïr Services, le guichet unique qui change la donne
L’annonce la plus attendue concerne le lancement imminent du Portail National des Services Numériques, baptisé « Services numériques Dzaïr ». À compter du 1er mars 2026, une phase de test rigoureuse débutera dans des centres modèles sélectionnés avant une généralisation progressive.
Ce portail s’inscrit dans la continuité de l’initiative BawabaTIC (lancée en 2022 avec 300 services) mais représente une évolution majeure. Il centralisera l’ensemble des démarches administratives sur une plateforme unique, accessible 24h/24 .

Ce qui change concrètement pour le citoyen
Le citoyen n’aura plus besoin de se déplacer physiquement dans les differentes administrations pour accomplir une même démarche administrative, tout pouvant désormais être effectué en ligne depuis un guichet unique. Il bénéficiera également d’une traçabilité complète de ses demandes en temps réel, lui permettant de suivre l’avancement de ses dossiers à chaque étape. Enfin, les délais de traitement seront considérablement réduits grâce à l’automatisation des vérifications croisées entre les différentes bases de données administratives.

Les défis à relever
L’inclusion numérique des zones rurales constitue une priorité, car la connectivité y demeure encore perfectible et risque de creuser la fracture territoriale si elle n’est pas rapidement améliorée. Par ailleurs, la formation de 12 000 fonctionnaires aux nouveaux outils représente un chantier colossal, essentiel pour garantir une adoption réussie du système par les agents publics. Enfin, la cybersécurité pose question car avec la convergence de données sensibles vers un écosystème unique, la protection contre les cyberattaques devient plus critique que jamais.

Une transformation structurelle
L’Algérie compte aujourd’hui plus de 47 millions d’utilisateurs d’Internet mobile et fixe et a déployé plus de 200 000 km de fibre optique. Pourtant, le pays occupe la 116e place du classement mondial de l’e-gouvernement (EGDI 2024), avec une progression de 4 rangs depuis 2022. L’ambition affichée par Meriem Benmouloud, Haut-commissaire à la Numérisation, est claire, celle de positionner l’Algérie « à l’avant-garde des classements mondiaux » grâce à plus de 500 projets digitaux lancés entre 2025 et 2026 .

Le Haut Commissariat à la Numérisation, dirigé par Meriem Benmouloud avec rang ministériel, coordonne pas moins de 37 projets interministériels et gère un budget pour la période 2024-2026. La création de ce comité national de gouvernance des données vise précisément à éviter les écueils du passé notamment la fragmentation constatée lors du programme « e-Algérie 2013 » où seulement la moitié des objectifs avaient été atteints faute de coordination centralisée.

La mise en place d’un système de gouvernance des données n’est pas une fin en soi, c’est un moyen. L’objectif ultime est de transformer l’expérience citoyenne pour faire en sorte que l’administration devienne prédictive plutôt que réactive grace à la transformation digitale. Enfin, les premiers retours d’expérience des centres pilotes de Dzaïr Services sont attendus pour le deuxième trimestre 2026. Une généralisation nationale pourrait intervenir dès la fin de l’année, selon les résultats de cette phase cruciale.

API
Une API (Application Programming Interface) fonctionne comme un serveur dans un restaurant : vous ne cuisinez pas vous-même, mais vous commandez via un menu standardisé. Dans le cas présent, ces API permettront à la Direction des Impôts de dialoguer instantanément avec la Conservation foncière, ou à la Sécurité sociale d’échanger des données avec les hôpitaux, le tout en temps réel et de manière sécurisée.

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