Longtemps freinée par une culture de l’argent liquide et une méfiance envers le numérique, l’Algérie connaît une accélération spectaculaire. Les transactions en ligne ont explosé au premier semestre 2026, portées par la digitalisation des services publics et l’adhésion massive de la génération Z. De l’AADL au Hadj en passant par l’Aïd, les citoyens découvrent le paiement sans cash — et l’État y trouve un levier pour réduire l’économie informelle.

L’Algérie bascule vers le paiement électronique. Au premier semestre 2026, les transactions en ligne ont bondi de 897% et les paiements par TPE de 81%. Longtemps freinée par une méfiance envers le numérique et une culture de l’argent liquide, la population, qui compte de plus en plus de Generation Z adopte désormais massivement ces outils.
Services administratifs et assurances : des hausses record
Cette accélération s’explique par la digitalisation de services publics majeurs. Le règlement des échéances du programme AADL 3, le paiement des frais du Hadj ou l’achat de moutons pour l’Aïd El-Adha se fait désormais en ligne. Ces opérations, auparavant payées en espèces ou par virement traditionnel, ont entraîné des millions de citoyens vers leur premier paiement numérique. Résultat, la valeur des transactions par Internet a atteint 346 milliards de dinars, en hausse de 867%.
Les secteurs administratifs et des assurances enregistrent les bonds les plus spectaculaires. Les services publics affichent +155 % de transactions électroniques. Les assurances passent de 409 à 567 192 opérations (+1 307 %), signe qu’un secteur autrefois attaché au papier et au face-à-face bascule vers le numérique.
La carte bancaire sort enfin du distributeur
Les TPE dépassent 8 millions d’opérations pour 82 milliards de dinars. Ce volume équivaut à celui cumulé entre le lancement du dispositif en 2016 et la fin de l’année 2023. Les consommateurs utilisent désormais leur carte pour des achats du quotidien, et non plus seulement pour retirer des espèces. Parallèlement, le nombre de web-marchands atteint 1 004 (+55 %), structurant progressivement le commerce en ligne national.
Distributeurs automatiques et web-marchands : des indicateurs en hausse
Le réseau de DAB s’étoffe à 4 919 automates. Les retraits valides dépassent 131 millions (+16 %). Le paiement mobile progresse lui aussi avec les transferts par QR Code augmentent de 32 %, pour un total de 397 milliards de dinars en virements entre comptes. Ces outils séduisent particulièrement les jeunes et les zones rurales.
Cette dynamique pourrait réduire l’économie informelle, longtemps estimée à près de la moitié du PIB algérien. En traçant les flux financiers, l’État gagne en visibilité et en recettes fiscales. L’Algérie rattrape ainsi une partie de son retard sur le Maroc et la Tunisie, qui ont entamé leur transition numérique quelques années plus tôt.
Définition
GIE Monétique : Groupement d’Intérêt Économique regroupant les banques et établissements financiers algériens. Il supervise l’interopérabilité des cartes bancaires et des moyens de paiement électroniques sur le territoire national.
Les chiffres clés de la monétique. Plus de 22 millions de cartes de paiement (CIB et Edahabia) en circulation. Plus de 119 000 TPE installés chez les commerçants à travers le pays. Un cap de 1 000 web-marchands actifs franchi pour le commerce en ligne. Une forte hausse des transferts d’argent mobile (P2P) via les applications bancaires et d’Algérie Poste.
TPE (Terminal de Paiement Électronique) : appareil équipé d’un lecteur de carte bancaire, installé chez les commerçants pour accepter les paiements par insertion, contact sans fil ou saisie manuelle.
DAB (Distributeur Automatique de Billets) : machine permettant de retirer des espèces, consulter son solde ou effectuer des virements à l’aide d’une carte bancaire et d’un code confidentiel.
Web-marchand : commerçant physique ou en ligne ayant souscrit un contrat avec sa banque pour accepter les paiements par carte sur Internet via une interface sécurisée.
Paiement mobile : transaction financière réalisée depuis un téléphone portable, via une application bancaire ou un portefeuille électronique. Il inclut les virements, les achats en ligne et les paiements par QR Code.
Économie informelle : secteur de l’économie non déclaré à l’administration fiscale, échappant au contrôle de l’État. Elle englobe les activités non enregistrées et les paiements en espèces non tracés.
Groupement d’intérêt économique de la monétique (GIE Monétique) : structure interbancaire chargée de coordonner et de promouvoir les moyens de paiement électroniques en Algérie. Il centralise les données statistiques et veille à l’interopérabilité des systèmes entre les différentes banques.
Terminal de paiement électronique (TPE) : appareil électronique utilisé par les commerçants pour lire les cartes bancaires et permettre le paiement sans espèces. Il est relié à un réseau bancaire qui autorise ou refuse la transaction en temps réel.
QR Code (Quick Response Code) : code-barres en deux dimensions pouvant être scanné par un smartphone. Dans le cadre du paiement mobile, il permet de déclencher un virement instantané entre comptes bancaires en scannant simplement un code affiché chez le commerçant.
Paiement intra-bancaire : opération de transfert d’argent entre deux comptes bancaires appartenant à la même banque. Ces transactions sont généralement plus rapides et moins coûteuses que les transferts interbancaires.
AADL 3 : troisième programme de l’Agence nationale pour l’amélioration et le développement du logement (AADL), qui propose des logements à caractère social en Algérie. Les souscripteurs de ce programme ont pu régler leurs échéances par voie électronique, contribuant à la forte hausse des paiements en ligne.
Hadj : pèlerinage annuel à La Mecque, en Arabie Saoudite, l’un des cinq piliers de l’islam. Les frais de participation sont désormais réglables en ligne, ce qui a participé à l’augmentation des transactions numériques.
Ratio de DAB pour 100 000 adultes : indicateur utilisé par les banques centrales pour mesurer le niveau d’équipement d’un pays en distributeurs automatiques. Un ratio plus élevé indique une meilleure accessibilité aux services bancaires de base pour la population adulte.

