15 mai 2026

L’université algérienne à l’heure de l’efficience <BR> 1 milliard de dinars sauvés grâce au digital

Le ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique, Kamel Baddari, a révélé ce jeudi que son secteur avait réalisé une économie de plus de 100 milliards de centimes en seulement un mois grâce à la mise en place d’une plateforme numérique dédiée à la réservation des repas universitaires.

Pour bien comprendre l’ampleur de ce chiffre, 100 milliards de centimes représentent près d’un milliard de dinars algériens économisés entre le 4 avril et le 4 mai. À titre de comparaison, ce montant correspond approximativement au budget annuel de fonctionnement de plusieurs grandes universités algériennes réunies, ou encore à la construction d’une dizaine de résidences universitaires de taille moyenne.

Lors de sa réponse aux questions orales, une procédure parlementaire permettant aux députés d’interroger directement les membres du gouvernement sur leur gestion, le ministre a précisé que cette performance illustre l’efficacité de la numérisation dans la rationalisation des dépenses publiques. La numérisation désigne ici le passage de processus traditionnellement papier ou manuels vers des outils informatiques et numériques, permettant une gestion plus rapide, plus transparente et moins coûteuse.

La rationalisation des repas universitaires, un cas d’école

Les repas universitaires constituent un service public essentiel en Algérie car chaque année, plus de 800 000 étudiants bénéficient de ce dispositif dans les résidences et restaurants universitaires du pays. Avant la mise en place de cette plateforme, la gestion se faisait souvent de manière approximative, avec des estimations basées sur des effectifs théoriques plutôt que sur la demande réelle. Résultat immediat, des denrées alimentaires préparées en excès, des pertes financières importantes et une qualité de service inégale selon les établissements.

La nouvelle plateforme permet aux étudiants de réserver leurs repas à l’avance via une application ou un portail en ligne. Le système collecte ainsi des données précises sur les besoins réels, ajuste les commandes de provisions en conséquence et réduit considérablement le gaspillage alimentaire. Cette démarche s’inscrit dans une tendance internationale car selon la FA, Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, le gaspillage alimentaire dans les institutions publiques représente jusqu’à 20% des denrées préparées dans certains pays en développement.

Vers une gouvernance moderne du secteur universitaire

Kamel Baddari a souligné que cette démarche s’inscrit dans le cadre de la gouvernance moderne et de la politique de maîtrise des coûts engagées par le secteur de l’enseignement supérieur. La gouvernance moderne, dans le contexte administratif algérien, désigne l’ensemble des réformes visant à rendre la gestion publique plus transparente, plus efficiente et plus responsive aux besoins des citoyens. Elle s’éloigne progressivement d’un modèle bureaucratique vertical, où les décisions descendent d’en haut sans consultation, vers un modèle plus participatif et fondé sur des indicateurs de performance.

La maîtrise des coûts, quant à elle, ne signifie pas seulement réduire les dépenses, mais optimiser l’utilisation des ressources publiques pour obtenir le meilleur résultat au moindre coût. C’est un principe central de la gestion publique par la performance, une doctrine qui s’est imposée dans les pays de l’OCDE depuis les années 1990 et que l’Algérie cherche progressivement à adapter à ses spécificités.

Le ministre a également affirmé que la transformation numérique constitue aujourd’hui un levier essentiel pour améliorer les prestations offertes aux étudiants et moderniser le fonctionnement des œuvres universitaires. Ces œuvres désignent l’ensemble des services annexes de la vie estudiantine comme la restauration, l’hébergement, le transport, la culture et le sport. En Algérie, elles sont gérées par l’Onou, Office national des œuvres universitaires (ONOU), qui assure la prise en charge matérielle de plus d’un million d’étudiants.

L’étudiant au cœur de l’« Algérie nouvelle »

Le ministre a enfin indiqué que ces efforts s’inscrivent dans la volonté de l’État d’accompagner les étudiants dans de meilleures conditions, afin qu’ils puissent contribuer au développement de « l’Algérie nouvelle » et participer activement à la dynamique de modernisation du pays. Cette expression, fréquemment employée par le président Abdelmadjid Tebboune depuis son élection en 2019, renvoie à une vision de rupture avec les blocages structurels du passé, notamment l’économie rentière dépendante des hydrocarbures, et à la construction d’une économie diversifiée fondée sur la connaissance, l’innovation et la jeunesse.

Un pôle inédit pour l’étudiant entrepreneur à El Tarf

Dans la même dynamique de modernisation, le ministre Kamel Baddari a présidé jeudi à El Tarf, wilaya du nord-est de l’Algérie, frontalière de la Tunisie et connue pour son agriculture et ses zones humides classées au patrimoine mondial de l’UNESCO, le lancement du « pôle de l’étudiant entrepreneur », un espace inédit en Algérie destiné à valoriser et accompagner les initiatives innovantes des étudiants.

Installé à la faculté des sciences économiques et des sciences de gestion de l’université Chadli-Bendjedid, ce pôle a été créé dans le cadre d’un accord de jumelage entre l’université d’El Tarf et l’université de Jendouba en Tunisie. Le jumelage universitaire est une forme de coopération internationale par laquelle deux établissements s’engagent à échanger des enseignants, des étudiants, des compétences et des ressources pédagogiques. Il s’inscrit dans la tradition de la coopération maghrébine, bien que celle-ci ait connu des hauts et des bas depuis les indépendances des années 1950-1960.

Le ministre, accompagné du wali Mohamed Meziane, a souligné que cette structure constitue une première du genre au niveau national.

Encadrement algéro-tunisien et ouverture internationale

Ce nouvel espace a pour objectif de permettre aux étudiants de présenter leurs projets innovants afin d’être encadrés par des enseignants spécialisés, aussi bien algériens qu’internationaux. Un projet innovant, en économie de l’innovation, désigne une idée ou un concept qui apporte une solution nouvelle à un problème existant, qu’il s’agisse d’un produit, d’un service, d’un procédé ou d’un modèle économique. L’innovation ne se limite pas à la haute technologie car elle peut concerner l’agriculture, l’artisanat, les services numériques ou l’économie sociale et solidaire.

Le pôle vise également à favoriser la formation d’étudiants algériens et étrangers, dans une dynamique d’ouverture et de coopération académique. L’ouverture universitaire désigne la capacité d’un système d’enseignement supérieur à accueillir des étudiants et des enseignants étrangers, à reconnaître des diplômes étrangers et à s’inscrire dans des réseaux internationaux de recherche et d’innovation.

De l’université à l’entreprise

Kamel Baddari a insisté sur le fait que ce pôle incarne le concept de « l’étudiant de l’université à l’entreprise », en encourageant la création de projets générateurs d’emplois et de valeur ajoutée pour l’économie nationale. La valeur ajoutée est un concept économique fondamental car elle représente la richesse nouvelle créée par une activité de production, c’est-à-dire la différence entre la valeur des biens ou services produits et la valeur des consommations intermédiaires (matières premières, énergie, etc.) nécessaires à cette production. Une entreprise à forte valeur ajoutée contribue davantage au PIB national et crée généralement des emplois qualifiés et bien rémunérés.

Ce pôle s’inscrit également dans la mise en œuvre des orientations du président de la République, Abdelmadjid Tebboune, visant à renforcer l’ouverture de l’université et à améliorer le classement de l’Algérie dans le domaine de l’enseignement supérieur. Les classements internationaux des universités,  comme ceux de Shanghai (ARWU), du Times Higher Education (THE) ou de QS, évaluent les établissements selon des critères de recherche, d’internationalisation, de réputation académique et de transfert technologique. L’Algérie, bien que disposant d’un réseau universitaire dense avec plus de 100 établissements, peine à figurer dans les premières places africaines et mondiales, notamment en raison d’une faible visibilité internationale de ses publications scientifiques.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *